Lettre de Félicie à Yves

Cher Yves,

Je sais que ma démarche va te surprendre. Te donner de mes nouvelles après tant d’années. Je sais que tu n’as pas pu comprendre que je te quitte sans un mot, sans un cri, sans une souffrance entre nous. Je sais que cela a été violent pour toi. Je t’ai vu me chercher les premiers jours. Après, j’ai fuis plus loin.

“C’est ici”, voilà ce qui m’a obsédée pendant les premières heures de notre escale à Alger. Je voulais vivre ici. Sans toi.

Bien sûr. Tout allait bien entre-nous. Il y avait cette douce harmonie bien établie, de l’amitié enfantine transformée en premier amour, puis en unique amour. On coulait des jours heureux avec ce rythme tranquille des couples parfaitement assortis. Je me noyais plutôt. Il me semblait ne pas avoir grandis, d’être toujours cette adolescente que tu avais intrigué, faite rire et embrassée. Je me cognais aux limites de cette enfance, sans respiration vers l’avenir.

Dès que nous avons commencé à marcher dans Alger, j’ai su que j’allais rester ici. Je ne voulais, je ne pouvais donner aucune explication. Je voulais partir, c’est tout.

J’ai trouvé plus que je ne cherchais. Ici, je suis plus comblée qu’heureuse. C’est difficile à expliquer. En fait, je n’ai pas besoin du bonheur, trop fugace et hypnotique mais de liberté qui attise le feu de l’existence avec son cortège de risques, de défis et de lucidité. Quand la conjonction est bonne, je peux saisir pleinement des fragments de joie, certes éphémères mais tellement plus intenses. Ce sentiment d’y être pour quelque chose vaut tous les cadeaux même les plus surprenants.

Alger, Saïd, mon homme, et depuis quelques mois, Malek mon poussin, sont les ingrédients premiers de ma vie. Et puis, il y a écrire. J’ai commencé pour des raisons professionnelles, comme journaliste. J’ai continué pour des raisons vitales, comme dernier espace de liberté.

Je voudrais m’excuser de mon manque de courage envers toi. Je voudrais t’encourager à m’oublier. Je sais par des amis communs que tu n’as pas encore de nouvelle vie. Je ne regrette rien de nous. Parfois, je pense que cette étape était nécessaire pour moi. Aurais-je pu affronter les premières années de ma vie sans toi? Quand ma cheville me fait mal, je pense à toi. Cette douleur fantôme me rappelle notre été sportif dans les Alpes, l’été de nos premières fois.

Je suis pour quelques jours au salon national du livre et de l’audiovisuel de Tizi Ouzou, premier du genre, pour dédicacer mon premier livre. C’est certainement cet évènement qui me ramène à ces premières fois. Si tu le souhaite, je t’en adresserais un.

Je t’embrasse.

Félicie

Advertisements
Published in: on Monday 13 March 2006 at 8:24 pm  Leave a Comment  

The URI to TrackBack this entry is: https://epistolaire.wordpress.com/2006/03/13/felicie-a-yves/trackback/

RSS feed for comments on this post.

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s

%d bloggers like this: