Lettre de Nicolas De Lap. à la Confidente

Chère confidente,

Si vous ne vous trompez pas d'adresse, en revanche vous vous trompez de bonhomme. Votre proposition est tout à fait extravagante.

Qui etes-vous pour oser faire une telle offre? Contrairement à ce que vous imaginez, je ne manque ni de lettres personnelles ni d'amis. De surcroit, il est impensable que je me confie à une inconnue. Il semble que vous oubliez que la confidence suppose un rapport de confiance donc de se connaître et de s'estimer un peu. Ce qui n'est pas du tout le cas.

Votre idée relève de la Mission Impossible 4: entrer en connivence avec un homme méfiant car déçu par les autres, ceci sans utiliser de gadgets, sans budget et sans cascade! Eu égard à mes multiples mésaventures amoureuses et amicales, je suis très sélectif et je reste très circonspect quant à de nouvelles relations. Dans mes contacts professionnels, je me fais un devoir de rester froid comme ce temps de fin avril.

J'ai du mal à croire en une telle audace de votre part. Sachez en outre que je ne crois pas en Dieu. Il vous est dès lors aisé de comprendre que l'idée d'une confession m'a fait hurler de rire! L'évocation du divan et de la psychanalyse provoquent chez moi le même effet. En revanche, j'aime écouter les mots des autres et les transfigurer dans les courriers que j'écris pour eux. Mais il n'y a rien d'intéressant à dire en ce qui me concerne.

Il est donc inutile de continuer à m'écrire avec des intentions aussi insensées sauf si vous avez le courage de vous présenter à moi puisque je vous devine habitant dans mon environnement proche.

A bon entendeur,

Nicolas De Lap.

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Published in: on Sunday 30 April 2006 at 11:17 am  Leave a Comment  

Lettre de Jean à Simone Lebarbu

Ma chérie,

Ta carte postale m'a fait chaud au coeur et aux os. C'est doux en ces moments où je ne vois guère les rayons du soleil à cause du travail.

Je t'aime, tu me manques toi aussi.

Je t'en prie plus d'emails, même très court. Une promotion vient de m'être promise et j'ai dû en mettre un coup pour prouver que je suis à la hauteur. On m'a aussi demandé d'être plus efficace. Ils m'ont dit ne pas douter qu'un excellent élément comme moi puisse y arriver. Cela fait plaisir de constater que mes efforts sont enfin reconnus. Je regrette de ne pas fêter cela avec toi. Du coup, je me suis contenté de boire un verre avec quelques collègues.

Comme je dois travailler très tard à la maison, j'aurais peut-être la possibilité de te téléphoner après tes nuits. J'aimerais qu'on se blottisse l'un contre l'autre pour se réchauffer et s'aimer. J'ai le blues de nos étreintes. Mes mains gardent en mémoire l'émotion de ton corps caressé sur le rythme de ton jazzman préféré (note de l'écrivain public: votre mari l'a évoqué dans le flot de ses recommandations et je n'ai pas pu le retenir, j'en suis désolé).

Je me dépêche de terminer pour repartir travailler. J'ai repéré une robe d'été qui saura me mettre en appétit de ta poitrine. Cela sera notre cadeau de retrouvailles.

Je t'embrasse.

Jean Lebarbu
Ton mari qui t'adore

PS: Plus d'emails, s'il te plait.

PS de l'écrivain public: Après avoir vu fugitivement votre photo, le tonnerre de votre regard s'est incrusté dans ma peau. Votre bouche donne envie de vous croquer entière. Quelle chance à votre mari!

Published in: on Wednesday 12 April 2006 at 8:38 pm  Leave a Comment  

Lettre de la confidente à Nicolas De Lap.

Cher Nicolas L.,

Recevoir un courrier va certainement vous surprendre, vous qui écrivez et lisez celui des autres. Pour paraphraser la publicité, soudain un facteur vous offre une lettre personnelle.

En fait je suis seule et je m'ennuie dans mon appartement vide. La télé est mon somnifère préféré mais aujourd'hui je n'en peux plus. J'ai besoin de m'adresser à quelqu'un. D'autant plus que je vous observe depuis que vous emménagiez votre boutique d'écriture et j'avoue que vous m'intriguez!

J'envie votre liberté et votre désinvolture qui doit en désarçonner plus d'un. J'imagine que cela doit énerver certains clients. Vous me faites l'effet d'un extra-terrestre qui vit à nos cotés sans se soucier de ce qui se passe et sans subir la moindre influence. Rien ne semble pouvoir vous atteindre. Cependant j'ai l'impression que vous cachez quelque chose. Vous êtes aussi seul que moi malgré les clients et les premières relations extra-professionnelles qui vous entourent.

Quant à moi, je ne supporte plus les responsabilités de mon métier qui m'oblige à une guerre permanente pour survivre. Il faut rester la plus forte ou au moins faire illusion dans le monde merveilleux des apparences. C'est un jeu qui m'amusait avant mais qui m'effraie maintenant. Ma vie familiale est le conte banal d'un couple divorcé avec deux enfants dont la séparation s'est passée le plus mal que l'on puisse imaginer. Je ne peux même plus voir mes enfants… mais je m'arrête là pour l'instant. J'en dirais plus si notre échange se poursuit.

Je voulais en fait vous faire une proposition tout à fait honnête. J'accepte en échange de la réciproque d'être votre confidente pour tout ce que vous ne pouvez pas, tout ce que vous n'osez pas ou ne voulez pas dire aux autres.

Qu'en dites-vous?

Dans l'attente de votre réponse, recevez mon bonjour.

votre dévouée (future) confidente.

Published in: on Sunday 9 April 2006 at 8:23 pm  Leave a Comment  

Lettre de Nicolas De Lap. à Roger

Cher Roger,

Parmi les démarches administratives, l'activité d'écrivain public me réserve quelques surprises. Celle que je vais te raconter est fascinante et étrange.

Cet après-midi, le temps d'hiver était bien installé avec chutes intermittentes de neige et brouillard. Un homme à l'air hagard est entré dans ma boutique d'écriture. Avec son allure et sa tenue, j'ai cru à un clochard égaré et souhaitant se réchauffer. Alors que je le raccompagnais, il m'a sorti un billet de 50 Euros.

Bien que parfaitement audible, son discours était décousu, plein de silences et plutôt bizarre. Il prétend être amnésique et voulait écrire à quelqu'un qui devrait le sauver comme il dit. Sa démarche avait l'air réfléchi puisqu'il connaissait mes tarifs. A force de le questionner et de mettre de l'ordre dans ses mots, j'ai pu lui rédiger son courier: l'histoire incroyable d'un homme qui se réveille un matin sans le moindre souvenir. Dans son appartement -dont il n'est plus sûr que cela soit le sien!- il y avait l'équipement d'un photographe professionnel et une photo comportant un nom ainsi qu'une adresse… Après la relecture de la missive destinée à cette personne, il pleurait de joie.

C'est assez inquiétant d'être confronté à ce genre de situation. Tu as beau le croire sincère, le doute revient à plusieurs reprises: est-ce qu'il ne serait pas totalement fou? L'angoisse creuse tout à fait l'estomac quand tu le vois disparaître dans le brouillard. J'avais le sentiment d'être dans un livre de H.P. Lovecraft. Le vent sournois et un horizon humide entretiennent l'impression d'irréalité.

Cela l'a sacrément bouleversé en tout cas. Il m'a raconté avoir arpenté pendant plusieurs jours les rues de Lyon en espérant croiser quelqu'un qui le reconnaîtrait. Le thé au jasmin que je lui ai fait boire semblait lui rappeler quelques choses. Il serrait les dents pour se souvenir.

Je ne souhaite cela à personne. Est-ce que tu as déjà entendu des cas semblables? Normalement, je devrais le revoir car il a fait adresser la réponse ici. Il n'arrive pas encore à lire…

Donnes-moi de tes nouvelles.

Avec toute mon amitié,

Nicolas De Lap.

Published in: on Tuesday 4 April 2006 at 8:38 pm  Leave a Comment