Lettre à J.P.

Cher Monsieur,

Je vous adresse mes sincères condoléances pour ce malheur qui vous frappe. J'avais envisagé venir à l'enterrement pour vous témoigner toute mon affection. Cependant je n'ai pu m'y résoudre. En effet le passé qui lie la défunte et moi ainsi que les relations tendues de ces derniers temps donnaient à ma présence un caractère incongru voire déplacé. Je vous sais gré de tous les efforts que vous aviez fait pour remédier à cette situation qui, vous le saviez, me faisait souffrir.

C'est pourquoi j'aurais voulu être présent à vos cotés pour vous soutenir, vous montrer toute ma reconnaissance et mon amitié. Je sais que beaucoup n'aurait pas compris mon geste, y voyant plutôt une intrusion dans une intimité qui ne me concernait plus puisqu'elle m'avait rejeté et qu'elle me raillait publiquement. Ils auraient pu croire à une revanche, à une volonté d'avoir le dernier mot sur la défunte.

Vous ne pouvez pas savoir comme je suis malheureux. J'ai pleuré longtemps à l'annonce de sa disparition. Ma nouvelle femme souffle le chaud et le froid, tantôt me consolant tantôt me faisant des crises de jalousie. C'est terrible! Il n'y a que vous, peut-être, qui pourrez me comprendre.

Je l'aimais encore, c'est sûr. Pas aussi fort qu'avant et pas aussi tendrement que ma nouvelle femme mais c'était au-delà de la simple amitié ou de l'affection. Elle restait pour moi quelqu'un qui comptait dans ma vie quotidienne et qui me manque beaucoup.
Saisis par les larmes, j'ai dû interrompre la rédaction de cette lettre avec l'écrivain public. J'ai pris quelques minutes pour me reprendre. Ma douleur est attisée par ce fait divers scandaleux impliquant la mairie de Lyon. Les services de la ville aurait subtilisé un cadavre dans le cimetière de la Croix-Rousse. C'est plus qu'une regrettable erreur, il s'agit d'une injure à la mémoire du mort et à sa famille.

Je regrette tellement de n'avoir pu lui rendre hommage lors de sa crémation. J'aurais voulu partager mon chagrin avec vous. Nous aurions pu parler d'elle, comme deux frères. Cela restera comme un creux dans ma vie.

Ne connaissant pas ses dernières volontés en la matière, je ne sais pas comment vous prévoyez la dispersion des cendres. Si par hasard, je pouvais y avoir quelque part sans causer de soucis, je vous serais infiniment reconnaissant de m'y convier.

Je vous remercie encore pour tout et réitère mes plus sincères condoléances.

Ph.

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Published in: on Sunday 7 May 2006 at 10:24 am  Leave a Comment  

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