Lettre de Thérésa à Francis

Mon chant d'amour,

Nous sommes dans une phase de répétition un peu fastidieuse. Le réglage texte, voix et mouvement devient très précis. Tant que cela n'est pas automatique, tu n'ennuie un peu à tout recommencer pour "des détails". Tu perds le plaisir du jeu et du chant qui ne se déploie que par deux ou trois strophes maximum.

Du coup, je suis libre quand vient le tour des scènes où je n'apparaît pas. Le calvaire du millimètre change d'épaules. Lyon est à moi!

Je ne comprends pas pourquoi tu as quitté cette ville. Tu ne m'as jamais expliqué d'ailleurs. Le pourras-tu un jour? A moins que ta série en cours ne le dise pour toi… Je sens bien les ravages de ton âme à la moindre évocation de Lyon. Ma nature jalouse soupçonne une femme.

Je scrute toutes les lyonnaises un peu séduisantes que je rencontre. Pour comprendre ce qu'elles auraient de plus que moi.

Hier j'ai appris deux mots amusants: agapes et pince-fesses. J'aime les deux. Lors du dernier pince-fesses à l'occasion d'une exposition de peinture – du figuratif niais et moche, selon ta classification- j'ai dû chanter après avoir bu et avalé quelques toasts bien gras. C'était désastreux mais cela fait partie des obligations de promotion pour l'Opéra. Les nias-moches prennaient des airs ravis. J'ai fui les oiseux (mot appris chez l'écrivain public) et leurs compliments.

Plutôt que de m'enfermer dans ma chambre d'hôtel à zapper les chaînes satellites en espagnol ou à feuilleter des magazines people, j'ai tourné en rond dans le vieux Lyon. Je pense à toi et tu me manques très fort. On s'y promènera un jour ensemble? Je regrette de ne pas pouvoir te parler surtout dans ces jours de fragilité liés aux répétitions où les doutes sont nombreux. C'est dur de n'avoir personne à qui se confier.

Dans le hasard de ma promenade, j'ai croisé le directeur de l'Opéra. Nous avons bu un verre. La soirée a été plus paisible. Il a su trouver les mots pour me rassurer. Il n'aime pas trop la mégalomanie du metteur en scène ni sa maniaquerie excessive sur "ces détails qui font les grandes choses…" Il m'a dit de venir le voir quand je veux si j'ai des soucis.

Dis-moi un peu ce que tu fais?
Est-ce que tu veux me décrire tes dernières créations?

Je suis désolé de ne pas avoir eu le temps de voir ta soeur. C'est prévu pour demain.

Je t'embrasse voracement (encore un mot appris chez l'ami écrivain public). Ma main s'échauffe à l'idée de se glisser sur ton torse nu!

Ta pie amoureuse
Thérésa

 

PS: Je m'amuse énormément chez l'écrivain public à chercher les mots pour me dire. En plus son thé et ses petits gâteaux sont délicieux. Je n'ai plus de raisons de ne pas t'écrire comme ces cinq derniers jours.

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Published in: on Tuesday 9 May 2006 at 7:59 pm  Leave a Comment  

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