Lettre de Nicolas De Lap. à la Confidente

Chère confidente,

Je suis déçu que nous ne puissions pas nous parler de vive voix mais je respecte votre choix. En recevant cette nouvelle lettre, vous comprendrez que j'ai résolu de continuer notre correspondance.

Vous vous trompez sur moi. Je crois que vous avez une vision romantique de l'être humain. De mon petit observatoire, je contemple quotidiennement les faux-semblants et les travers des êtres humains que nous sommes. Je persiste à dire que je suis vide et que je n'éprouve rien. La plupart du temps, le monde et surtout les gens qui m'entourent me sont indifférents. Totalement!

Vous dites que je n'oserais pas être moi-même à cause du regard des autres. Si vous saviez comment je m'en moques de leur regard. Non, vraiment, il n'y a rien qui m'émeut, si peu, au sens qui me mettrait en mouvement. Oui, je voudrais vivre un bel amour. Je voudrais frémir encore de ces premiers moments d'incertitude où l'on découvre l'autre avec des picotements au coeur, où le moindre sourire enivre d'espoir, où l'on se demande si l'attirance est réciproque. Je voudrais avoir connu ce qui déborde de la littérature.

Il y a quelques temps, je me suis figé -une déception amoureuse. Aimer quelqu'un qui ne voit rien de ce que vous êtes et qui vous utilises. Pour elle, le monde était divisé en deux catégories: ceux qui ont le pouvoir et ceux qui obéissent. Tout le reste n'était que mauvaise littérature. Je pense rétrospectivement qu'elle avait peur d'elle-même et de ses propres faiblesses. Cela ne cadrait pas avec l'image qu'elle voulait donner et surtout elle exécrait la faiblesse des autres, dont moi qui n'avait pas l'âme d'un battant. Je l'ai aimé aveuglément jusqu'à ce qu'elle m'ait poussé à la rupture. Je sens encore la violence de ce moment dans mon estomac qui se noue. Cruelle impasse.

Bien sûr, un sourire ou un mot gentil me désarçonne. Mais le doute m'envahit tout de suite et je passe mon chemin avant de tomber de haut. Je suis venu m'installer à Lyon, pour m'éloigner, pour retrouver un peu de sérénité, pour inspirer l'air d'autres possibles. Dans ma boutique d'écriture, je suis bien placé pour observer les mensonges et les lâchetés humaines dans ce domaine. Je désire parfois la femme d'un client, d'autres fois je trouve que la maîtresse n'est pas assez coquine avec son amant et je tente de l'entraîner vers de mots plus fous et plus érotiques. Cependant, je me garde bien de m'impliquer davantage et je me contente de vivre des petits frissons amoureux par procuration. Les séries télévisées, bien qu'américaines, ont parfois des éclairs du lucidité comme les désespérantes apparences de Desperate Housewives.

Regarder les aventures de ces femmes au foyer me conforte dans l'idée que je préfère cette solitude remplie de vacuité que vivre à deux d'une illusion d'amour. Au fait, connaissez-vous la solitude? Etes-vous marié ou en couple?

Recevez mon cordial bonjour à vous qui êtes si proche et si loin,

Nicolas De Lap.

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Published in: on Sunday 11 June 2006 at 8:29 pm  Leave a Comment  

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