Lettre de Nicolas De Lap. à Roger

Cher Roger,

A Lyon, la chaleur est accablante comme partout ailleurs. Je suis passé au rythme espagnol: mes horaires de l’après-midi sont décalés vers la soirée. Du coup, j’ai enfin revu Thérésa, l’une de mes fidèles clientes. Elle est chanteuse d’Opéra et le planning des répétitions ne lui permettaient plus de passer. Elle vient d’Argentine où est resté son mari français qui est peintre. Elle a donc besoin de moi pour lui faire des mots doux… Thérésa s’est dite ravie de me revoir. Mais avec son tempérament lunatique, je me méfie. Elle se régale des mots français que je peux lui apprendre. C’est devenu un jeu entre nous.

Cette fois nous avons terminé assez vite la lettre à son mari. J’ai cru un instant qu’elle allait se confier à moi. Thérésa a juste répété plusieurs fois son ras-le-bol de la situation présente et le désir de tout plaqué. Repartir à zéro ou refaire sa vie semblent être ses illusions du moment. Puis elle a soupirée, comme une femme amoureuse…

Je suis en train de tomber amoureux moi-aussi. Pas d’elle, non, Thérésa est une femme bien trop insaisissable. Non, c’est pour la confidente que je commence à frémir. Depuis plusieurs semaines que j’espionne mon voisinage, car elle m’a fait comprendre qu’elle vivait près de chez moi, je crois avoir repérer son visage… et je craque.

J’aimais le rythme de ses phrases et ce mélange force/fragilité, j’aime maintenant son corps et son visage même si je ne la connais pas encore assez. J’hésite à l’aborder.

J’entends déjà ta voix qui me hurle: fonce! Comme elle déprime très fort en ce moment à cause de ses enfants, je me refuse à n’être que l’infirmier de passage, à l’écoute et gentil. Je veux être plus que cela. Je fais durer le plaisir de l’approche.

En plus, je pars en vacances dans quelques jours. Je retourne au Mali, caresser le fleuve avec l’ombre de ma main. Je retourne écouter les peuls. Cela fait cinq ans que j’y pense et que je rêve de revoir le village. J’ai enfin quelques sous. Je dois y aller. Il n’y a pas eu d’adieu. J’ai besoin de ce retour en solitaire pour faire mon deuil. Enfin j’espère… Ma gorge se noue toujours à cette évocation.

Je revois tout à l’heure François D., ce chômeur qui s’est fait larguer par sa femme. J’ai eu tellement de scrupules d’avoir rédiger la lettre de rupture pour sa femme que je lui ai fait une lettre personnelle pour essayer de le réconforter. Il est beau gosse. Sa femme l’a quitté pour un gars assez quelconque. Je crois que nous allons devenir ami. Nous partageons certaines opinions et des centres d’intérêt mais nous nous sommes aussi disputés sur certains sujets avec force arguments et mauvaise foi.

Il veut m’annoncer un projet important. François veut quitter son lamento de chômeur pour une nouvelle vie. Je suis assez curieux car c’est un esprit brillant.

Donnes-moi de tes nouvelles! Cela fait des lustres que tu ne m’as pas écris. Est-ce que ta relation avec Nathalie s’est détendue?

Avec toute mon amitié,

Nicolas De Lap.

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Published in: on Friday 28 July 2006 at 5:11 pm  Leave a Comment  

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