Lettre de La confidente à Nicolas De Lap.

Mon cher Nicolas,

Je te remercie infiniment pour ta lettre. Ton poème m’a ému. J’ai versé quelques larmes, de soulagement cette fois. Je craignais une réaction négative de ta part. C’est vrai que le tu vient naturellement.

Dans une situation normale, tu serais dans le vrai. Il me suffirait de débarquer à l’improviste et de demander à voir mes enfants. Après un round d’observation, nous nous jeterions dans les bras les uns des autres en pleurant une bonne fois. Cependant j’ai perdu mon droit de visite au motif que j’étais une mauvaise mère, jamais à la maison et qui ne se préoccupait pas de ses enfants. C’est vrai que je travaillais énormément pour nous assurer un train de vie confortable. Ce qui ne déplaisait pas à monsieur! En simple employé d’un agence de voyage, il n’aurait même pas pu assumer la moitié d’un de nos crédits. C’est vrai qu’il s’en occupait beaucoup et moi très peu. C’était provisoire. Quand un homme agit ainsi, la société trouve cela normale mais une femme elle passe pour une égoïste dénuée de sentiments. Le cercle vicieux c’est qu’en tant que femme, vous devez encore plus faire vos preuves dans votre travail. Encore aujourd’hui, je me sens flouée par ce procès écoeurant.

Mon ex-mari cherchait une revanche sur la société. Je fus son prétexte. Il n’a reculé devant aucunes bassesses pour gagner son combat, se moquant de m’humilier en public et surtout aux yeux de mes enfants. Trop jeunes et trop influençables, ils n’ont pu que croire le discours majoritaire bien rodé contre les mères indignes. Le jour de la condamnation, j’ai sentis leurs regards se refermer comme si la sentence me faisait disparaître de leur monde. Toute cette injustice et les réactions autour de moi à l’époque m’ont paralysée pour longtemps.

Du coup si je veux entrer en contact, je suis tributaire du bon vouloir de mon ex-mari. Il distille cela avec un art consommé de la perversion. Je dois rappeler et entre temps, il a eu le temps de leur remémorer toutes mes mauvaises actions. Je sens ma fille Julie moins froide et moins sous la coupe de mon ex. J’ai bien imaginé toutes sortes de stratagèmes: enlèvement, les raccompagner en douce depuis leur école, engager un tueur contre mon mari, échanger des emails avec eux pour enfin me faire comprendre… En principe, tout contact m’est interdit sans l’autorisation explicite et la présence de mon ex-mari.

Ce procès était un tel cataclysme dans ma vie. J’aimais très fort mon mari et mes enfants. Je n’ai pas pu et surtout pas eu la volonté de me défendre à l’époque. Je le regrette de plus en plus. Tes paroles chaleureuses sonnent en moi, tel le gong du réveil, l’envie de faire valoir ses droits. J’attends la rentrée pour me renseigner auprès d’un avocat.

Je t’embrasse très chaleureusement.

Ta confidente (qui se confie beaucoup…)

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Published in: on Wednesday 30 August 2006 at 5:16 pm  Leave a Comment  

Lettre de Nicolas De Lap. à Sylvie G.

Chère Madame G.,

En réponse à vos questions concernant M. Joel Aub., je peux vous rassurer sur certains points sans prétendre avoir saisi la totalité du personnage. Etant donné qu’il m’en a parlé à plusieurs reprises, je vous confirme qu’il suit une psychothérapie suite à son amnésie. Il prend des médicaments destinés à apaiser ses angoisses.

M. Joel Aub. est un individu étrange voire inquiétant parfois mais il ne me semble pas dangereux. Selon moi, il est aux abois car il ne sait plus du tout qui il est. Cela le rend instable et vindicatif mais Joel Aub. n’a jamais paru capable de violence.

J’ai l’impression qu’il compte beaucoup sur vous et pour cette raison vous ne courez aucun risque à le rencontrer. Je crois même que vous dérobez l’entraînerait vers davantage de paranoïa.

Si vous souhaitez d’autres précisions, vous pouvez joindre son médecin M. Eric Frigo. Ses coordonnées sont dans l’annuaire.

En espérant vous avoir rassuré, je vous adresse mes salutations cordiales.

Nicolas De Lap.

Published in: on Monday 28 August 2006 at 12:51 pm  Leave a Comment  

Lettre de François D. à Nicolas De Lap.

Bonjour Nicolas,

Plus je me promène, plus je regarde autour de moi, plus j’essaie de comprendre les gens, plus je me sens étranger à tout cela. J’ai l’impression de ne pas avoir ma place quoique je fasse. En plus je culpabilise de vivre au crochet de la société. Ceux qui pensent que le chomage est une douce période de vacances sont des imbéciles!

Hier j’ai téléphoné à mon ex. Pas celle que tu connais mais mon premier amour. Nous nous sommes quittés fin août, j’y repense tous les étés. Je n’ai pas voulu notre séparation et je garde le secret espoir que notre belle histoire recommence. J’avais besoin de parler avec quelqu’un qui me connaisse très bien et qui me comprenne un peu. L’oreille était attentive et chaleureuse mais j’ai pourtant sentis le fossé qui nous sépare maintenant. Elle a changé et s’est épanouie sans moi. Elle ne lit plus des Harlequins ou autres romans sentimentaux. Finis de chanter les succès à deux centimes des hit-parades, elle écoute de l’electronica et la nouvelle vague des chanteuses françaises impertinentes. Tout au long de cette longue conversation, j’ai compris que notre connivence ressemble davantage à de l’amitié collégienne qu’à une intimité amoureuse… Cela m’a fait mal de réaliser cela. Mais elle reste celle qui me comprend le mieux et dans le fil de notre discussion une idée fabuleuse a surgi: partir en voyage quelques temps. Nous avons reparlé de ce fantasme classique de tout lacher pour voyager et repartir à zéro. Grâce à elle, je me suis rendu comte que cette idée était profondément ancrée en moi: partir aux hasards des routes et des rencontres.

Après mûres réflexions, j’ai décidé de me jeter dans cette aventure. Il ne s’agit pas forcément de faire le tour du monde. Je vais vendre mon appartement et partir. Je viens de contacter une agence et nous avons convenu d’une stratégie pour liquider l’affaire aussi vite que possible.

Pour fêter cela, je t’invite à manger le couscous de Mustapha. Si tu es disponible ce soir, merci de répondre par retour de mail.

Amicalement,

François D.

Published in: on Saturday 26 August 2006 at 12:47 pm  Leave a Comment  

Lettre de Jean à Simone Lebarbu

Ma Simone chérie,

Désolé de faire encore appel à l’écrivain public. Je te promets de faire des efforts next time. J’ai bien eu tous tes happy messages sur mon répondeur. Ils m’ont fait très plaisir surtout dans la situation actuelle. J’ai fait une petite erreur qui est devenue a big thing. A croire que certains se tenaient en embuscade pour me killer dans le dos.

J’ai oublié une clause certes importante dans l’un des contrats qui vient d’être signé avec notre best client. C’est déjà arrivé avant sans que le boss en fasse toute une affaire. En attendant que le contrat soit renouvellé dans un an, this client peut, s’il s’en est rendu compte, changer les honoraires de nos prestations à son avantage… Sirène d’alarme du chief au boss avec scénarios et autres simulations financières. Les services juridiques épluchent la jurisprudence mais sans grand espoir.

Je suis le pestiféré, celui par qui la boite peut couler like the Titanic! Je ne fais plus partie du private staff du boss… Tu te rends compte… Même si c’était sous ma responsabilité, les contrats sont vus par plusieurs personnes. Je suis très mal. Plus j’y repense plus je me demandes comment j’ai pu supprimer une clause si fondamentale dans un contrat type. Le surmenage et la hard pression de ces dernières semaines sont peut-être les premières explications mais quand même. Je ne suis pas loin de pensé que quelqu’un a voulu me nuire. La parano pourrit ma tête…

Tu as certainement raison pour la promotion. J’ai l’impression d’avoir été mené par le bout du nez. Ils m’écoeurent. J’avais trop honte de moi ces derniers jours. Je suis out. Je me dégoutte de tant de naïveté. Je ne pouvais pas t’en parler. C’est presque sûr que je vais perdre mon job. Dans quelques jours, je ne serais plus qu’un minable. Si tu savais comme je m’en veut. Tous ces efforts, tous ces sacrifices for nothing!

Du coup mes congés sont supprimés tant que le boss n’aura pas décidé s’il me licencie pour faute grave ou pas. Je tourne et retourne le problème dans tous les sens. No way pour résoudre la maldonne. Je suis dans une impasse.

Je m’excuse pour tout.

Je t’aime.

Ton mari Jean

PS: Je tremble tellement que je n’arrive pas à tenir un stylo. Encore désolé pour l’écrivain public.

PS de l’écrivain public: N’étant pas si mauvais que vous le pensez, je vous suggère de rejoindre votre mari à Lyon. Il fait peine à voir.

Published in: on Friday 25 August 2006 at 4:59 pm  Leave a Comment