Cher premier amour, Nathalie

Cher premier amour,

L’été indien brille sur Lyon. Le Mistral est revenu hanter mes pensées vacillantes. Tu as mis longtemps à me répondre. Ta lettre sibylline laissait entendre une vie bien remplie tant sur le plan professionnel que sur le plan personnel.

L’autre soir, j’ai réussis à te faire vraiment sourire. Ce n’était plus les sourires forcés des premiers instants. J’ai compris que tu a mené une vie gorgée d’insouciance. D’autres amours, des amants, un mari, tu voguais de l’un à l’autre sans autre désir que la joie d’exister.

Les mots de ma vie t’ont rassuré. J’ai senti une incompréhension quand je t’ai dit avoir à peine deux ou trois aventures depuis notre histoire. Je n’ai pas osé te dire alors qu’il n’y avait pas eu d’autres amours dans ma vie…

La soirée s’est ensuite fait légère quand nous avons évoqué des souvenirs communs. J’ai su retrouver ces petites anecdotes qui t’ont fait rire. Cela m’a fait du bien.

A la naissance de ton second enfant, tu as eu peur de voir ta vie se rétrécir. Tu as divorcé très vite laissant la garde à ton mari. Depuis tu t’investis beaucoup dans ton métier d’architecte-paysagiste. J’ai vu tes yeux pétillants de bonheur à l’évocation de tes diverses réalisations. J’ai souris intérieurement de retrouver tes pupilles vertes parsemées de paillettes. Ce regard tu l’avais aussi quand nous faisions l’amour. Tu m’as dit pudiquement faire une pause dans ta vie personnelle, le temps de faire le tri des faux amis ou des relations encombrantes. Tu as balayé cela en évoquant le cap de la quarantaine…

Je n’ai pas eu le courage de te demander pourquoi tu m’avais quitté sans un mot du jour au lendemain. J’aurais au moins voulu savoir si tu m’avais aimer, si j’avais été ton premier amour. J’étais désarmé devant tant de désinvoltures face à la vie. Mes questions auraient paru déplacées.

Quand ta main s’est posée sur mon bras à la fin du repas, j’ai espéré qu’il y aurait enfin quelques explications ou quelques excuses de ta part. Tu m’as simplement remercié pour cette agréable soirée, la plus chouette depuis un bon moment, car elle n’avait pas tourné à la réunion d’anciens combattants dégoupillant leurs faits d’armes ni aux lamentos sur le passé qui était mieux qu’aujourd’hui. Contre toute attente, tu as dit qu’on pourrait se revoir bientôt à l’occasion d’un projet professionnel dans le Grand Lyon.

Mon coeur a mis du temps à retrouver une rythme normal après que tu aies laché mon bras. J’étais content et totalement désappointé.

Alors si tu veux qu’on se revoit, il te faudra d’abord répondre à mes questions. Nous ne pouvons pas faire comme si notre histoire d’amour avait suivi le cour banal de l’exaltation à la désillusion puis la rupture franche entre deux adultes. Tu m’as abandonné sans égard, tel un objet de pacotille qu’on laisse à la déchèterie une fois qu’il ne sert plus à rien. Tu as été mon premier amour dont il n’est resté qu’une plaie vive sans espoir de guérison.

Je ne voudrais pas être ton ami. Je ne pourrais pas. Si tu ne veux pas t’expliquer, ne réponds pas à cette lettre et arrêtons cette masquarade tout de suite.

Jacques qui t’aime toujours

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Published in: on Tuesday 12 September 2006 at 5:26 pm  Leave a Comment  

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