Lettre de Simone Lebarbu à Nicolas De Lap.

Cher M. l’écrivain public,

Je vous écris car je suis très inquiète pour Jean Lebarbu, mon mari. En effet, une menace de licenciement pèse sur ses épaules suite à une bévue, des contrats mal rédigés. Son patron est très mécontent. Du coup, ses congés estivaux ont été supprimés. Il attend qu’on statue sur son sort. Cette situation l’a atteint plus qu’il n’ose le dire. Je pense qu’il fait une belle dépression sans le savoir. Il se pose beaucoup de questions, certaines inutiles et absurdes.

Il faut dire que j’ai été dure avec lui à propos de l’illusion de cette promotion qui nous a éloigné. A force de ne vivre que pour travailler, les conditions de l’accident sont réunies soit que l’on fait soi-même l’erreur soit qu’un collègue aux dents plus longues vous tende un piège. Viens le moment où le miroir se brise au milieu du vide de son existence. No way comme il dit dans son franglais professionnel.

Il est en outre jaloux de ma copine de boulot Noémie. Comme je n’ai pas voulu venir m’enterrer à Lyon pendant mes vacances -j’ai besoin des mes journées de plage pour refaire le plein d’énergie-, et que j’ai passé pas mal de temps avec Noémie car elle avait pris ses congés en même temps, il nous imagine amantes… Tout cela parce que nous avons regardé ensemble la série L World, qui met en scène la vie de lesbiennes. C’est idiot. Ce n’est pas notre genre, ni à l’une ni à l’autre. C’est vrai que ces vacances nous ont rapprochées et nous avons une vraie complicité d’amies mais cela ne va pas plus loin. La fatigue le rend paranoïaque.

Mes congés sont terminés et je ne peux malheureusement pas venir le rassurer en personne. Pour causes d’effectifs très réduits, l’hôpital ne me laissera pas repartir pour l’instant. J’aimerais que vous le fassiez à ma place. J’aimerais que vous l’aidiez autant que vous pouvez et de la manière qui vous paraîtra la plus adéquate. Faites-le sortir de l’engrenage du boulot: cinéma, théâtre, soirée karaoké,… Il faut qu’il se change les idées. C’est ce qu’ils suggèrent dans un livre emprunté sur la dépression à la bibliothèque. J’ai peur que son état empire si on ne fait rien. En plus, il refuse de me parler au téléphone. J’ai la hantise qu’il fasse une bêtise. Je suis prête à prendre en charge des frais si nécessaire.

Dites-moi si vous êtes d’accord ou si cela vous gêne. Il me semble que vous êtes actuellement la personne la plus proche de lui.

Je compte sur vous.

Avec tout mon espoir,

Simone Lebarbu

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Published in: on Saturday 30 September 2006 at 10:02 am  Leave a Comment  

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