Lettre à l’écrivain qui m’a bouleversé

Cher écrivain,

Sur les conseils d’un ami, je me plongeais sans attente particulière dans votre dernier livre. Au bout de quelques pages, je sentais naître une étrange connivence avec le personnage principal. Les moments de lecture devenaient de vrai aspiration dans un monde parallèle. Ma respiration suivait le rythme des phrases. Ma gorge restait sèche dans les moments intenses. J’ai relu plusieurs fois certains passages. Des chapitres me laissaient immobiles et rêveurs. J’ai pleuré dans ce drame qui me ressemblait tant.

Pendant quelques jours, je n’ai plus ouvert le livre. Je faisais de la résistance à cause d’une scène qui m’a choqué. Sa vérité intime s’est propagée en moi dans un écho si violent… Je voulais vous punir de me connaître autant. Je trouve que vous avez su trouver les situations justes et les mots soyeux pour adoucir la réalité. Jusqu’à maintenant, j’avais honte et j’aurais voulu ne jamais avoir vécu cela. Grâce à votre livre, je m’accepte un peu mieux.

Je vous en remercie infiniment.

ZD

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Published in: on Thursday 26 October 2006 at 5:21 pm  Leave a Comment  

Lettre de Nicolas de Lap. à Nathalie

Madame Nathalie J. (premier amour de Jacques)

Je vous écris pour vous annoncer une très mauvaise nouvelle: Jacques est décédé dans un accident de voiture vendredi soir dernier. Il devait certainement se rendre chez vous.

A ma grande surprise, il m’a fait légataire de tout son fond de commerce autour des objets d’écriture. En me rendant chez lui à ce propos, j’ai donc trouvé votre lettre.

Je suis sous le choc. Nous nous apprécions bien que notre rencontre fut assez récente. J’ai été plusieurs fois son confident. A ce titre, j’ai suivi indirectement vos retrouvailles. Je peux vous affirmer qu’après des moments d’abattement il partait plein de joie pour ce week-end chez vous. A sa demande, il fut incinéré. Son urne est en ma possession.

Si vous en êtes d’accord, nous pourrions disperser ensemble les cendres sur la montagne de Lure. C’est un lieu qu’il affectionnait particulièrement. Je crois qu’il y reposerait heureux.

En outre, je suis disposé à vous donner ses objets d’écriture plutôt que revendre tout son fond. J’ai aussi son journal intime. Il m’avait dit de vous le donner en cas de malheur.

Je suis de tout coeur avec vous.

Avec toutes mes condoléances,

Nicolas De Lap.

Published in: on Monday 23 October 2006 at 4:52 pm  Leave a Comment  

Lettre à un disparu

Cher disparu,

J’aimerais être sure que tu es mort. L’enfer de ton absence incertaine est étouffant. Je brûle à chaque instant de te retrouver. Seras-tu le même où totalement un autre? La mort est une plaie franche qui peut cicatriser avec le temps. Mais là, tes enfants te croient partis pour un long voyage dont on ne connaît pas la date de retour. Tel un culbuto, j’oscille entre le deuil et l’espoir.

J’aurai dû me méfier de la fascination qu’exerçait sur ton cette côte rocheuse. L’exaltation permanente quant tu partais prendre ton quart sur le phare aurait dû m’alerter. Je repense surtout à ces silences angoissants lors de certaines journées de repos. Les enfants devenaient nerveux. Tes yeux semblaient toujours attirer par la même direction.

Si tu savais combien j’ai erré au milieu de ces îlots à ta recherche. Je voudrais tellement faire cesser les rumeurs absurdes autour de ta disparition. Reviens, je t’en supplie!

Ta femme.

Published in: on Sunday 15 October 2006 at 5:47 pm  Leave a Comment  

Cher premier amour, Nathalie

Cher premier amour,

L’été indien brille sur Lyon. Le Mistral est revenu hanter mes pensées vacillantes. Tu as mis longtemps à me répondre. Ta lettre sibylline laissait entendre une vie bien remplie tant sur le plan professionnel que sur le plan personnel.

L’autre soir, j’ai réussis à te faire vraiment sourire. Ce n’était plus les sourires forcés des premiers instants. J’ai compris que tu a mené une vie gorgée d’insouciance. D’autres amours, des amants, un mari, tu voguais de l’un à l’autre sans autre désir que la joie d’exister.

Les mots de ma vie t’ont rassuré. J’ai senti une incompréhension quand je t’ai dit avoir à peine deux ou trois aventures depuis notre histoire. Je n’ai pas osé te dire alors qu’il n’y avait pas eu d’autres amours dans ma vie…

La soirée s’est ensuite fait légère quand nous avons évoqué des souvenirs communs. J’ai su retrouver ces petites anecdotes qui t’ont fait rire. Cela m’a fait du bien.

A la naissance de ton second enfant, tu as eu peur de voir ta vie se rétrécir. Tu as divorcé très vite laissant la garde à ton mari. Depuis tu t’investis beaucoup dans ton métier d’architecte-paysagiste. J’ai vu tes yeux pétillants de bonheur à l’évocation de tes diverses réalisations. J’ai souris intérieurement de retrouver tes pupilles vertes parsemées de paillettes. Ce regard tu l’avais aussi quand nous faisions l’amour. Tu m’as dit pudiquement faire une pause dans ta vie personnelle, le temps de faire le tri des faux amis ou des relations encombrantes. Tu as balayé cela en évoquant le cap de la quarantaine…

Je n’ai pas eu le courage de te demander pourquoi tu m’avais quitté sans un mot du jour au lendemain. J’aurais au moins voulu savoir si tu m’avais aimer, si j’avais été ton premier amour. J’étais désarmé devant tant de désinvoltures face à la vie. Mes questions auraient paru déplacées.

Quand ta main s’est posée sur mon bras à la fin du repas, j’ai espéré qu’il y aurait enfin quelques explications ou quelques excuses de ta part. Tu m’as simplement remercié pour cette agréable soirée, la plus chouette depuis un bon moment, car elle n’avait pas tourné à la réunion d’anciens combattants dégoupillant leurs faits d’armes ni aux lamentos sur le passé qui était mieux qu’aujourd’hui. Contre toute attente, tu as dit qu’on pourrait se revoir bientôt à l’occasion d’un projet professionnel dans le Grand Lyon.

Mon coeur a mis du temps à retrouver une rythme normal après que tu aies laché mon bras. J’étais content et totalement désappointé.

Alors si tu veux qu’on se revoit, il te faudra d’abord répondre à mes questions. Nous ne pouvons pas faire comme si notre histoire d’amour avait suivi le cour banal de l’exaltation à la désillusion puis la rupture franche entre deux adultes. Tu m’as abandonné sans égard, tel un objet de pacotille qu’on laisse à la déchèterie une fois qu’il ne sert plus à rien. Tu as été mon premier amour dont il n’est resté qu’une plaie vive sans espoir de guérison.

Je ne voudrais pas être ton ami. Je ne pourrais pas. Si tu ne veux pas t’expliquer, ne réponds pas à cette lettre et arrêtons cette masquarade tout de suite.

Jacques qui t’aime toujours

Published in: on Tuesday 12 September 2006 at 5:26 pm  Leave a Comment  

Cher premier amour

Le temps passe si vite et pourtant j’ai souvent pensé à toi. Le souffle insistant du mistral berce ma mémoire. Cela reste notre vent…

Lors du marché de l’écriture à Grignan, je t’ai reconnu à tes longs cheveux noirs. Ils semblent plus cassants. L’âge les a rendu fragile. Fragile comme leurs caresses sur mon visage qui m’hypnotisaient. Tes petits pieds grecques se promenaient dans de lourdes sandales défraîchies. N’osent-ils plus marcher nus? Tes mains avaient changées. Crispées et calleuses, je cherche leur douceur. Une petite fille te tenait fermement la main.

Je ne sentais pas la force de te parler. Tu regardais silencieusement mon stand quand les larmes ont coulé sur mon visage. Après un moment de désapointemment, ton visage s’est refermé. Il y eu un flottement, ton hésitation était palpable. Je pouvais voir trembler l’une de tes mains. Et ta fille qui demandait “pourquoi le monsieur il pleure?”

A Lyon d’où je t’écris le mistral se déchaîne pour me rappeler ces moments de folie, les premiers et les derniers de ma vie, ce bal, prélude à d’autres danses, prélude à notre bel amour.

Te revoir, comme un espoir déraisonnable, reprendre le fil… ou alors comprendre. J’ai un affreux goût d’inachevé.

Ton silence, ta stupéfaction, tes quelques phrases maladroites sonnant comme des excuses… ont figé mes questions. J’aimerais plus, j’aimerais au moins connaître les fragments vides jusqu’à aujourd’hui, ce qui nous sépare, ce qui nous a séparé…

M’accorderas-tu une nouvelle (et dernière?) danse? M’accorderas-tu quelques mots pour me dire ton sourire oublié, tes rides trop soucieuses, ta fille?

J’attends ta lettre, j’attends un rendez-vous pour mon coeur encore saisis dans la glaise.

Je t’embrasse.

Jacques

PS: Je sais que tu seras étonné de recevoir un courrier de moi. J’ai fait appel à un écrivain public, un fidèle client de mes objets d’écriture.

Published in: on Friday 1 September 2006 at 4:16 pm  Leave a Comment  

Lettre des futurs mariés

Florent et Laurence à leurs parents respectifs

Chers parents,

En dépits de vos mises en garde et de votre probable réprobation, nous avons la ferme intention de nous marier.

Comme nous aspirons au recueillement spirituel plus qu'à un rassemblement mondain, cela se fera dans la plus stricte intimité en l'église de Bar-sur-Aube où Laurence réside. Il y aura les amis proches pour témoins et éventuellement vous s'il vous plaît malgré tout d'être des notres en ce moment solennel.

Le déroulement de la cérémonie à l'église est presque fixé et ce en accord avec le Père Roland: La marche de fiancailles de Wagner lors de l'entrée de l'édifice, puis le chant "Tu nous invites à la fête" et la lecture de la lettre de St Paul, apôtre, aux Colusiens ensuite l'alleluia de Taizé précèdera l'échange des consentements, la bénédiction des alliances et la prière des époux, par la suite l'offertoire "chantons la vie" accompagnera l'eucharistie et enfin nous terminerons par la communion "Qu'il est formidable d'aimer" avant la bénédiction finale suivie des signatures. La sortie aura lieu sous la méditation d'un morceau d'orgue sur lequel nous hésitons encore.

Les obstacles que vous voyez à notre union sont sans fondement et notre foi sera plus forte que les handicaps que vous opposez à notre amour. Nous sommes désolés de vous dire que vos yeux sont abusés par les illusions terrestres et la vanité des apparences.

Nous avons mûrement réfléchi à tous les aspects matériels de notre situation. Nous savons comment affronter à notre avenir commun avec joie, enthousiasme et ferveur.

Cela ne sera pas facile avec son lot d'a-priori et de souffrances quotidiennes, mais notre amour soutenu par notre foi nous délivrera le courage d'affronter chaques difficultés les unes après les autres.

Notre envie de vivre ensemble dépasse tout ce que vous pouvez imaginer et nous plaçons d'ores et déjà notre espérance dans l'accomplissement de notre union. Lui décidera de notre bonheur.

Recevez nos respectueuses salutations

Vos enfants

Published in: on Thursday 8 June 2006 at 8:52 pm  Leave a Comment  

Lettre à J.P.

Cher Monsieur,

Je vous adresse mes sincères condoléances pour ce malheur qui vous frappe. J'avais envisagé venir à l'enterrement pour vous témoigner toute mon affection. Cependant je n'ai pu m'y résoudre. En effet le passé qui lie la défunte et moi ainsi que les relations tendues de ces derniers temps donnaient à ma présence un caractère incongru voire déplacé. Je vous sais gré de tous les efforts que vous aviez fait pour remédier à cette situation qui, vous le saviez, me faisait souffrir.

C'est pourquoi j'aurais voulu être présent à vos cotés pour vous soutenir, vous montrer toute ma reconnaissance et mon amitié. Je sais que beaucoup n'aurait pas compris mon geste, y voyant plutôt une intrusion dans une intimité qui ne me concernait plus puisqu'elle m'avait rejeté et qu'elle me raillait publiquement. Ils auraient pu croire à une revanche, à une volonté d'avoir le dernier mot sur la défunte.

Vous ne pouvez pas savoir comme je suis malheureux. J'ai pleuré longtemps à l'annonce de sa disparition. Ma nouvelle femme souffle le chaud et le froid, tantôt me consolant tantôt me faisant des crises de jalousie. C'est terrible! Il n'y a que vous, peut-être, qui pourrez me comprendre.

Je l'aimais encore, c'est sûr. Pas aussi fort qu'avant et pas aussi tendrement que ma nouvelle femme mais c'était au-delà de la simple amitié ou de l'affection. Elle restait pour moi quelqu'un qui comptait dans ma vie quotidienne et qui me manque beaucoup.
Saisis par les larmes, j'ai dû interrompre la rédaction de cette lettre avec l'écrivain public. J'ai pris quelques minutes pour me reprendre. Ma douleur est attisée par ce fait divers scandaleux impliquant la mairie de Lyon. Les services de la ville aurait subtilisé un cadavre dans le cimetière de la Croix-Rousse. C'est plus qu'une regrettable erreur, il s'agit d'une injure à la mémoire du mort et à sa famille.

Je regrette tellement de n'avoir pu lui rendre hommage lors de sa crémation. J'aurais voulu partager mon chagrin avec vous. Nous aurions pu parler d'elle, comme deux frères. Cela restera comme un creux dans ma vie.

Ne connaissant pas ses dernières volontés en la matière, je ne sais pas comment vous prévoyez la dispersion des cendres. Si par hasard, je pouvais y avoir quelque part sans causer de soucis, je vous serais infiniment reconnaissant de m'y convier.

Je vous remercie encore pour tout et réitère mes plus sincères condoléances.

Ph.

Published in: on Sunday 7 May 2006 at 10:24 am  Leave a Comment  

Réponse d’Yves à Félicie

Chère Félicie,

Ton écriture sur l’enveloppe ne laissait aucun doute. C’était toi. Comme tu l’as si bien deviné, longtemps j’ai erré sans toi, d’abord à Alger, puis ici. J’ai finis par déménager pour un appartement plus petit. Juste à côté d’une épicerie algérienne… Je ne cherchais pas à oublier. J’achetais des dattes ; je dégustais un thé à la menthe ; j’attendais une carte postale, les mauvais jours un faire-part de décès, les autres l’annonce de ton retour ; j’épicais tous mes plats pour être à ton goût, si un jour… Mes fruits n’étaient que des agrûmes de là-bas.

Tout me fatiguait. Tout me paraissaît terne. L’assemblée des vivants m’ennuyait. Les amis se sont éloignés. Je vivais comme un fantôme sans douleur. Anesthésié. J’ai dû toucher le fond, il y a peu. Car ce Noël, j’avais décidé de me réveiller, de tourner la page…

Après la traversée de cette morne plaine, cet hiver mouvementé me donne le vertige. Il y a, Marie, la tempête de neige, qui vient de rentrer dans ma vie. Il y a un fou furieux, une vague connaissance, qui a dévasté mon appartement. Et enfin… ton courrier.

La blessure ne s’est pas ré-ouverte. Je t’ai lu presque comme une étrangère. Marie est partie renouer quelques jours avec sa famille. Pas vue depuis son mariage avec Yves, elle aussi fait ses retrouvailles. Ma peau ne frisonne plus à tes mots qui pourtant me transportent dans notre histoire, ce passé que tu embellis un peu.

Oui, bien sûr, ce premier été dans les Alpes. Nous étions sur le nuage des premiers moments seuls, loin des amis et de la famille. Le baiser, le premier baiser qui ne venait pas avec nos regards timides. Et puis la folie qui s’en suivit, l’insouciance et les rires. Les culottes oubliées à la laverie, la tente de camping qui s’effondre sous la vent, les cartes postales mouillées par la menthe à l’eau renversée,… Oui, tu pourrais en faire un conte merveilleux.

Mais le suite est plus banale. Tu étais plus soucieuse. Tu passais des soirées sans me parler. Etait-ce un silence heureux comme tu aime à le dire? Je ne crois pas. Comment savoir ce que tu attendais? Je te protégeais, oui, comme un parent. Mais rien d’autre n’était possible dans ce vide hagard. On s’amusait. Avec nos boulots pas trop stressants, la vie se déroulait sans heurts. Point de fantaisie, c’est vrai. Tu étais une énigme qui me plaisait mais pesait aussi. Tu avais quelques instants de folie, brèves expirations dans ton asthme permanent.

Alors c’était le bonheur pour toi. Tant mieux. J’en retire un goût amer d’être passé à côté de toi, peut-être. Dans ta lettre, j’ai l’impression de ne pas te reconnaître. Le temps a-t-il changé mes souvenirs? Est-ce ta nouvelle vie qui me trouble? Seul devant ta lettre, je ne sais plus qui je suis.

Je cherche mes mots pour te parler encore de moi, pour conjurer cette image d’Epinal que tu m’adresse. Avec Marie chahutant enfin ma vie, je me sens rajeunir. J’implore mon étoile du soir pour que cela s’affirme et se déploie comme l’arbre du voyageur brûlant presque sous le soleil tropical mais sans cesse rafraichis par les Alizées.

Je voudrais être ce vent qui traverse l’Atlantique, libre de connaître tous les horizons, libre de pouvoir te reconnaître sans s’attacher à nouveau, libre de choisir les pollens qui deviendront plus loin les fleurs d’autres femmes.

Non, je ne veux pas lire tes mots. Je te préfère en inconnue définitive croisée dans une autre vie. J’ai attendu tellement longtemps de pouvoir oublier, de me donner ce droit, de l’arracher à la culpabilité.

Oui, ta lettre ajoute une pierre à mon deuil.

Non, un livre dédicacé trainerait dans me vie comme une peau morte qui ne veut pas se décomposer.

Adieu,

Philippe

Published in: on Tuesday 21 March 2006 at 8:20 pm  Leave a Comment  

Lettre de Laetitia à François D.

François,

Je n’irais pas par quatre chemins. Je te quitte.

Tu pensera ce que tu veux de moi mais c’est ainsi. Cela n’a rien à voir avec le chomage dans lequel tu semble te complaire. Non, je suis fatiguée te ton militantisme débordant.

Dénoncer tous les travers de notre société ne te ménera à rien. Manifester contre le CPE ou passer des nuits à refaire le monde dans le local d’ATTAC sont totalement vain. M’interdire de voir Star Wars sous prétexte que c’est de la propagande américaine ne me fait plus rire. Est-ce mieux de regarder “Les feux de l’amour” ou “Desperate housewifes”?

Tu m’empêchais de vivre, de pouvoir acheter ce qui me faisait plaisir et de rester insouciante. La vie n’est peut-être pas drôle pour les autres, le tiers-monde et tout le tralala, mais je m’en moques.

Tu es simplement aigri de t’être fait renvoyer comme une vieille chaussette usée. Je vais te donner un conseil, le dernier: ravale tes discours idéalistes, résignes-toi et tu verra que tout ira mieux.

Ne crois surtout pas que je te quittes pour un autre. Cela se résume à ce que je viens d’écrire. Je t’en veux beaucouop et je n’ai pas l’intention de te pardonner. Tu ne peux pas imaginer comme je me sens soulagée de cette décision. Je vais certainement fêter cela en passant la soirée à danser sur des airs latino, ceux que tu trouvais “beatement sucrés”.

Garde ou jete mes affaires. Fais-en ce qui te plait, je ne veux plus voir ce qui nous appartenait.

Je pars sans laisser d’adresse. Ce n’est pas la peine d’essayer de me retrouver. Tu n’existe plus pour moi.

Laetitia

Published in: on Sunday 19 March 2006 at 10:12 am  Leave a Comment  

Lettre de Félicie à Yves

Cher Yves,

Je sais que ma démarche va te surprendre. Te donner de mes nouvelles après tant d’années. Je sais que tu n’as pas pu comprendre que je te quitte sans un mot, sans un cri, sans une souffrance entre nous. Je sais que cela a été violent pour toi. Je t’ai vu me chercher les premiers jours. Après, j’ai fuis plus loin.

“C’est ici”, voilà ce qui m’a obsédée pendant les premières heures de notre escale à Alger. Je voulais vivre ici. Sans toi.

Bien sûr. Tout allait bien entre-nous. Il y avait cette douce harmonie bien établie, de l’amitié enfantine transformée en premier amour, puis en unique amour. On coulait des jours heureux avec ce rythme tranquille des couples parfaitement assortis. Je me noyais plutôt. Il me semblait ne pas avoir grandis, d’être toujours cette adolescente que tu avais intrigué, faite rire et embrassée. Je me cognais aux limites de cette enfance, sans respiration vers l’avenir.

Dès que nous avons commencé à marcher dans Alger, j’ai su que j’allais rester ici. Je ne voulais, je ne pouvais donner aucune explication. Je voulais partir, c’est tout.

J’ai trouvé plus que je ne cherchais. Ici, je suis plus comblée qu’heureuse. C’est difficile à expliquer. En fait, je n’ai pas besoin du bonheur, trop fugace et hypnotique mais de liberté qui attise le feu de l’existence avec son cortège de risques, de défis et de lucidité. Quand la conjonction est bonne, je peux saisir pleinement des fragments de joie, certes éphémères mais tellement plus intenses. Ce sentiment d’y être pour quelque chose vaut tous les cadeaux même les plus surprenants.

Alger, Saïd, mon homme, et depuis quelques mois, Malek mon poussin, sont les ingrédients premiers de ma vie. Et puis, il y a écrire. J’ai commencé pour des raisons professionnelles, comme journaliste. J’ai continué pour des raisons vitales, comme dernier espace de liberté.

Je voudrais m’excuser de mon manque de courage envers toi. Je voudrais t’encourager à m’oublier. Je sais par des amis communs que tu n’as pas encore de nouvelle vie. Je ne regrette rien de nous. Parfois, je pense que cette étape était nécessaire pour moi. Aurais-je pu affronter les premières années de ma vie sans toi? Quand ma cheville me fait mal, je pense à toi. Cette douleur fantôme me rappelle notre été sportif dans les Alpes, l’été de nos premières fois.

Je suis pour quelques jours au salon national du livre et de l’audiovisuel de Tizi Ouzou, premier du genre, pour dédicacer mon premier livre. C’est certainement cet évènement qui me ramène à ces premières fois. Si tu le souhaite, je t’en adresserais un.

Je t’embrasse.

Félicie

Published in: on Monday 13 March 2006 at 8:24 pm  Leave a Comment