Lettre de Nicolas de Lap. à Nathalie

Madame Nathalie J. (premier amour de Jacques)

Je vous écris pour vous annoncer une très mauvaise nouvelle: Jacques est décédé dans un accident de voiture vendredi soir dernier. Il devait certainement se rendre chez vous.

A ma grande surprise, il m’a fait légataire de tout son fond de commerce autour des objets d’écriture. En me rendant chez lui à ce propos, j’ai donc trouvé votre lettre.

Je suis sous le choc. Nous nous apprécions bien que notre rencontre fut assez récente. J’ai été plusieurs fois son confident. A ce titre, j’ai suivi indirectement vos retrouvailles. Je peux vous affirmer qu’après des moments d’abattement il partait plein de joie pour ce week-end chez vous. A sa demande, il fut incinéré. Son urne est en ma possession.

Si vous en êtes d’accord, nous pourrions disperser ensemble les cendres sur la montagne de Lure. C’est un lieu qu’il affectionnait particulièrement. Je crois qu’il y reposerait heureux.

En outre, je suis disposé à vous donner ses objets d’écriture plutôt que revendre tout son fond. J’ai aussi son journal intime. Il m’avait dit de vous le donner en cas de malheur.

Je suis de tout coeur avec vous.

Avec toutes mes condoléances,

Nicolas De Lap.

Published in: on Monday 23 October 2006 at 4:52 pm  Leave a Comment  

Lettre premier amour, Nathalie à Jacques

Cher premier amour, Jacques,

Je suis inquiet de ne pas avoir de tes nouvelles. Nous devions nous voir ce week-end. Lors de notre dernier coup de fil, tout allait bien. Tu étais un peu distant mais tu n’as pas décommandé. J’espère que tu aurais eu ce courage.

Je m’excuse si je t’ai blessé de quelque manière. Je voulais être honnête avec toi.

La tempête qui a traversé la France il y a quelques jours m’a fait réfléchir. La vie est trop fragile pour s’enfermer dans un orgueil d’indépendance. Je suis maintenant certaine de vouloir m’engager dans une nouvelle histoire avec toi. Tu te demande certainement pourquoi. En fait, je ne veux pas finir avec que des regrets, comme une vieille fille timide qui n’a jamais rien osée. Je ne veux pas me retrouver plus tard en n’ayant jamais osé me mettre en danger d’aimer. Je veux apprendre à aimer, à t’aimer.

Je t’en prie ne me laisse pas sans nouvelles. Même si tu ne veux plus de moi, téléphone ou écris!

Avec toute ma tendresse,

Nathalie

Published in: on Sunday 8 October 2006 at 3:19 pm  Leave a Comment  

Lettre premier amour, Nathalie à Jacques

Cher Jacques,

Nous avons vécu deux belles soirées à Lyon. J’ai beaucoup apprécié la complicité qui s’est installée. Je dois te dire que je n’avais pas connu cela depuis longtemps. Comme toi, je garde un fulgurant souvenir des quelques caresses échangées. J’ajoute qu’elles restent précieuses car nous n’avons ni l’un ni l’autre basculé dans le désir charnel.

J’ai peut être été un peu expéditive quand je t’ai dis que tu n’avais pas changé. J’avoue que je n’ai pas réussis à bien te comprendre, à mieux saisir qui tu es, qui est mon premier amour. C’est rare. Les hommes, je les cerne assez vite en général. D’où mes moments d’absence, j’étais perplexe.

J’ai donc besoin de temps pour te connaître et pour envisager une suite. Je ne veux pas être comme les candidats à l’élection présidentielle qui ont tenus ce week-end de beaux discours aux chercheurs. Je ne veux rien te promettre pour l’instant. J’aime t’avoir retrouver, j’aime être avec toi, j’aime ce que je connais de toi. Est-ce suffisant pour construire une vie commune? Et il y a ces points d’ombre en toi que j’aimerais éclaircir.

A très bientôt.

Je t’embrasse fort.

Nathalie

Published in: on Monday 2 October 2006 at 5:43 pm  Leave a Comment  

Lettre premier amour, Nathalie

Cher premier amour, ma chère Nathalie,

Cette nouvelle rencontre à Lyon fut une vraie merveille. J’ai encore le frisson des caresses, cette tendresse simple partagée loin des regards. J’ai découvert d’autres aspects de Lyon grâce à toi. Je n’allais jamais dans ces quartiers cossus et pour cause.

Nous avons refait un peu connaissance. Je te trouve changée. En revanche, tu dis que ce n’est pas mon cas. Je me crois pourtant moins naïf et plus combatif que lorsque j’étais ado.

De ces moments ensemble, il me reste une sensation d’irréalité. La complicité est revenue très forte mais nous gardons en même temps nos distances, une étrange méfiance du lendemain. Je me sens encore plus perdu qu’avant. J’ai très envie de continuer à te voir tout en ayant cette inquiétude de la fragilité actuelle de notre relation. Je ne voudrais pas être victime d’une nouvelle passade de ta part. Je t’ai sentie hésitante. Tu a eu quelques regards absents qui m’ont fait peur.

J’ai très envie que nous vivions une nouvelle histoire, bien sûr différente de notre premier amour. Et toi, qu’as-tu ressentie?

Comme convenu, je viendrais à Avignon dans quelques jours pour passer un week-end tous les deux (en amoureux?).

Je t’embrasse de tout mon coeur.

Jacques

Published in: on Saturday 23 September 2006 at 9:33 am  Leave a Comment  

Lettre premier amour, Nathalie à Jacques

Cher Jacques,

Je n’aime pas revenir sur le passé mais ton appel m’y contraint. Oui. Tu es mon premier amour. J’ai eu des flirts avant toi mais tu es celui qui m’a donné le sentiment d’exister pour quelqu’un, d’être important et de pouvoir vivre une intense complicité. Mais tu l’aura compris, je n’ai pas un tempérament à rester en place. J’ai besoin d’horizons nouveaux. Je me cherche sans cesse à travers de nouvelles expériences.

Je m’excuse si je t’ai fait du mal mais je n’ai pas d’autres explications que celles-ci. Ce fût l’irrépressible appel du large. Je sentais s’installer en moi un malaise et je ne voulais pas te blesser avec les motifs futiles de mon départ. Ce que tu dis prouve que j’ai eu tord.

Si cela peut te rassurer, je n’ai eu qu’un second amour, Jérôme. C’est lui qui est devenu mon mari. C’est un comédien, la sensibilité à fleur de peau. Il était intelligent, toujours à réfléchir et interroger, comme toi. Son égoïsme me donnait la liberté qu’il me fallait. Il se préoccupait de moi sans m’envahir. J’aimais être sa terre, le point d’ancrage d’ancrage de son tempérament aérien, la stabilité nécessaire pour refréner sa frivolité. Nous avons eu de beaux moments. Il m’a laissé être ce que je suis. En revanche, j’ai fait l’erreur de céder à son désir d’enfant. Je le regrette tous les jours. Je me sens définitivement prisonnière. Je dois être une mauvaise mère mais je l’assume parfaitement.

Comme tu l’as compris, je vis une période difficile. Je suis seule depuis presque un an et je ne ressens aucune urgence à vivre une nouvelle histoire. C’est la première fois que cela m’arrive. Tous ces évènements, les enfants et la solitude, bousculent mes certitudes sans que j’ai encore décidé où aller.

Je voudrais te dire que j’ai été très impressionnée par ta force de vivre. Je me souviens d’un adolescent généreux mais plein de doutes. Est-ce que tu as encore peur de l’amour et de ses excès? L’homme solide que tu es devenu est-il prêt à recommencer notre histoire sans amertume et sans préjugé?

Si oui, donnons-nous le temps de nous retrouver, de nous apprivoiser à nouveau et d’envisager le cas échéant une suite…

J’attends impatiemment ta réponse.

Je t’embrasse.

Nathalie

Published in: on Monday 18 September 2006 at 4:18 pm  Leave a Comment  

Cher premier amour, Nathalie

Cher premier amour,

L’été indien brille sur Lyon. Le Mistral est revenu hanter mes pensées vacillantes. Tu as mis longtemps à me répondre. Ta lettre sibylline laissait entendre une vie bien remplie tant sur le plan professionnel que sur le plan personnel.

L’autre soir, j’ai réussis à te faire vraiment sourire. Ce n’était plus les sourires forcés des premiers instants. J’ai compris que tu a mené une vie gorgée d’insouciance. D’autres amours, des amants, un mari, tu voguais de l’un à l’autre sans autre désir que la joie d’exister.

Les mots de ma vie t’ont rassuré. J’ai senti une incompréhension quand je t’ai dit avoir à peine deux ou trois aventures depuis notre histoire. Je n’ai pas osé te dire alors qu’il n’y avait pas eu d’autres amours dans ma vie…

La soirée s’est ensuite fait légère quand nous avons évoqué des souvenirs communs. J’ai su retrouver ces petites anecdotes qui t’ont fait rire. Cela m’a fait du bien.

A la naissance de ton second enfant, tu as eu peur de voir ta vie se rétrécir. Tu as divorcé très vite laissant la garde à ton mari. Depuis tu t’investis beaucoup dans ton métier d’architecte-paysagiste. J’ai vu tes yeux pétillants de bonheur à l’évocation de tes diverses réalisations. J’ai souris intérieurement de retrouver tes pupilles vertes parsemées de paillettes. Ce regard tu l’avais aussi quand nous faisions l’amour. Tu m’as dit pudiquement faire une pause dans ta vie personnelle, le temps de faire le tri des faux amis ou des relations encombrantes. Tu as balayé cela en évoquant le cap de la quarantaine…

Je n’ai pas eu le courage de te demander pourquoi tu m’avais quitté sans un mot du jour au lendemain. J’aurais au moins voulu savoir si tu m’avais aimer, si j’avais été ton premier amour. J’étais désarmé devant tant de désinvoltures face à la vie. Mes questions auraient paru déplacées.

Quand ta main s’est posée sur mon bras à la fin du repas, j’ai espéré qu’il y aurait enfin quelques explications ou quelques excuses de ta part. Tu m’as simplement remercié pour cette agréable soirée, la plus chouette depuis un bon moment, car elle n’avait pas tourné à la réunion d’anciens combattants dégoupillant leurs faits d’armes ni aux lamentos sur le passé qui était mieux qu’aujourd’hui. Contre toute attente, tu as dit qu’on pourrait se revoir bientôt à l’occasion d’un projet professionnel dans le Grand Lyon.

Mon coeur a mis du temps à retrouver une rythme normal après que tu aies laché mon bras. J’étais content et totalement désappointé.

Alors si tu veux qu’on se revoit, il te faudra d’abord répondre à mes questions. Nous ne pouvons pas faire comme si notre histoire d’amour avait suivi le cour banal de l’exaltation à la désillusion puis la rupture franche entre deux adultes. Tu m’as abandonné sans égard, tel un objet de pacotille qu’on laisse à la déchèterie une fois qu’il ne sert plus à rien. Tu as été mon premier amour dont il n’est resté qu’une plaie vive sans espoir de guérison.

Je ne voudrais pas être ton ami. Je ne pourrais pas. Si tu ne veux pas t’expliquer, ne réponds pas à cette lettre et arrêtons cette masquarade tout de suite.

Jacques qui t’aime toujours

Published in: on Tuesday 12 September 2006 at 5:26 pm  Leave a Comment  

Cher premier amour

Le temps passe si vite et pourtant j’ai souvent pensé à toi. Le souffle insistant du mistral berce ma mémoire. Cela reste notre vent…

Lors du marché de l’écriture à Grignan, je t’ai reconnu à tes longs cheveux noirs. Ils semblent plus cassants. L’âge les a rendu fragile. Fragile comme leurs caresses sur mon visage qui m’hypnotisaient. Tes petits pieds grecques se promenaient dans de lourdes sandales défraîchies. N’osent-ils plus marcher nus? Tes mains avaient changées. Crispées et calleuses, je cherche leur douceur. Une petite fille te tenait fermement la main.

Je ne sentais pas la force de te parler. Tu regardais silencieusement mon stand quand les larmes ont coulé sur mon visage. Après un moment de désapointemment, ton visage s’est refermé. Il y eu un flottement, ton hésitation était palpable. Je pouvais voir trembler l’une de tes mains. Et ta fille qui demandait “pourquoi le monsieur il pleure?”

A Lyon d’où je t’écris le mistral se déchaîne pour me rappeler ces moments de folie, les premiers et les derniers de ma vie, ce bal, prélude à d’autres danses, prélude à notre bel amour.

Te revoir, comme un espoir déraisonnable, reprendre le fil… ou alors comprendre. J’ai un affreux goût d’inachevé.

Ton silence, ta stupéfaction, tes quelques phrases maladroites sonnant comme des excuses… ont figé mes questions. J’aimerais plus, j’aimerais au moins connaître les fragments vides jusqu’à aujourd’hui, ce qui nous sépare, ce qui nous a séparé…

M’accorderas-tu une nouvelle (et dernière?) danse? M’accorderas-tu quelques mots pour me dire ton sourire oublié, tes rides trop soucieuses, ta fille?

J’attends ta lettre, j’attends un rendez-vous pour mon coeur encore saisis dans la glaise.

Je t’embrasse.

Jacques

PS: Je sais que tu seras étonné de recevoir un courrier de moi. J’ai fait appel à un écrivain public, un fidèle client de mes objets d’écriture.

Published in: on Friday 1 September 2006 at 4:16 pm  Leave a Comment