Lettre de Nicolas De Lap. à François D.

François,

Je me réjouis de ton projet de voyage. J’espère que tu as bien compris que je ne voulais pas t’en dissuader. En faisant d’abord le rabas-joie, je m’assurais que ce n’était pas une simple lubie. Cela pouvait être une méthode consciente ou pas de tomber encore plus bas: une fois tout ton pécule dépensé, qu’aurais-tu fait? Je t’apprécie beaucoup et je serais triste de te voir dans la panade. Depuis mon copain de régiment Roger, tu es le premier ami que je me fais. Notre conversation et ton enthousiasme m’ont totalement rassuré.

J’ai vraiment passé un bon moment autour de ce couscous. Ta curiosité musicale me paraît bien trop éclectique pour être honnête… :-)) Je suis jaloux et épaté de tes connaissances dans ce domaine. Maintenant que tu as décidé de me confier ta discothèque, je ne vais plus avoir d’excuses pour ne pas découvrir certains artistes dont tu m’as vanté les qualités. Je n’ai pas encore eu l’occasion de te le dire mais tu as un coté rebelle que j’aurais bien aimé avoir. Pas cette rébellion destructrice et infantile mais ce refus viscéral des normes ou des idées toutes faites que l’on veut nous imposer. Je t’admire pour cela. Sache que les femmes aiment beaucoup cela d’autant que tu le cultives dans ton apparence vestimentaire.

Je n’en revient toujours pas que tu ais eu le culot d’aborder la confidente. Tu m’as étonné à plusieurs reprises lors de cette soirée. Elle est belle dans son corps généreux, dommage qu’elle le cache par une coquetterie inutile. Je t’avoue que je suis doublement jaloux, d’abord parce que j’ai la nette impression que la confidente te regardait plus que moi, ensuite parce que tu as pu lui parler quelques minutes. Léa est en effet un beau prénom. Les quelques indices que tu as pu recueillir comme son adresse dans une rue presque en face de chez moi et sa déprime actuelle confirment bien que c’est plus que probablement ma confidente. Je n’en reviens pas que vous ayez en si peu de temps décidé d’avoir une correspondance pendant ton voyage.

La chance sourit aux audacieux comme le dit le dicton. Tu es trop gentil de penser que je peux lui plaire. Comment résister à ton physique, à ton look rebelle et à l’exotisme du routard partant à l’aventure… Je ne sais pas si je vais résister longtemps au désir de l’aborder à mon tour.

Comme mon copain Roger, tu me pousse à avoir de l’audace rien que de l’audace et à agir sans me poser dix mille questions. Facile à dire!

Si j’ai bien compris lors de notre dernier coup de fil, il ne te reste plus qu’à signer les papiers chez le notaire pour la vente de ton appartement. Bravo! Après les préparatifs de mon départ au Mali, je passerais te dire au revoir. En tout cas j’attendrais tes cartes postales, tes courriers ou tes e-mails avec impatience.

Amicalement,

Nicolas De Lap.

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Published in: on Thursday 7 September 2006 at 5:04 pm  Leave a Comment  

Lettre de François D. à Nicolas De Lap.

Bonjour Nicolas,

Plus je me promène, plus je regarde autour de moi, plus j’essaie de comprendre les gens, plus je me sens étranger à tout cela. J’ai l’impression de ne pas avoir ma place quoique je fasse. En plus je culpabilise de vivre au crochet de la société. Ceux qui pensent que le chomage est une douce période de vacances sont des imbéciles!

Hier j’ai téléphoné à mon ex. Pas celle que tu connais mais mon premier amour. Nous nous sommes quittés fin août, j’y repense tous les étés. Je n’ai pas voulu notre séparation et je garde le secret espoir que notre belle histoire recommence. J’avais besoin de parler avec quelqu’un qui me connaisse très bien et qui me comprenne un peu. L’oreille était attentive et chaleureuse mais j’ai pourtant sentis le fossé qui nous sépare maintenant. Elle a changé et s’est épanouie sans moi. Elle ne lit plus des Harlequins ou autres romans sentimentaux. Finis de chanter les succès à deux centimes des hit-parades, elle écoute de l’electronica et la nouvelle vague des chanteuses françaises impertinentes. Tout au long de cette longue conversation, j’ai compris que notre connivence ressemble davantage à de l’amitié collégienne qu’à une intimité amoureuse… Cela m’a fait mal de réaliser cela. Mais elle reste celle qui me comprend le mieux et dans le fil de notre discussion une idée fabuleuse a surgi: partir en voyage quelques temps. Nous avons reparlé de ce fantasme classique de tout lacher pour voyager et repartir à zéro. Grâce à elle, je me suis rendu comte que cette idée était profondément ancrée en moi: partir aux hasards des routes et des rencontres.

Après mûres réflexions, j’ai décidé de me jeter dans cette aventure. Il ne s’agit pas forcément de faire le tour du monde. Je vais vendre mon appartement et partir. Je viens de contacter une agence et nous avons convenu d’une stratégie pour liquider l’affaire aussi vite que possible.

Pour fêter cela, je t’invite à manger le couscous de Mustapha. Si tu es disponible ce soir, merci de répondre par retour de mail.

Amicalement,

François D.

Published in: on Saturday 26 August 2006 at 12:47 pm  Leave a Comment  

Lettre de François D. à Nicolas De Lap.

Très cher Nicolas,

Je te remercie infiniment de ce moment partagé. Notre rencontre paisible oscilla entre légèreté du temps comme il passe et gravité des confidences sur la vie réelle face à la vie rêvée.

Nos fonctionnements semblent similaires dans l'amour de la solitude et l'incapacité à nouer des relations sentimentales stables. Une prochaine fois, peut-être oseras-tu dire tes souffrances amoureuses. Comme tu veux mais je te sens rongé par d'anciens échecs mal digérés.

En revanche, contrairement à toi, je ne m'ennuie jamais. Suite à notre débat musical acharné, je réécoute en ce moment quelques disques de mon adolescence, surtout les Pink Floyd. Je suis toujours épaté par leurs trouvailles sonores et la violence de leurs textes. The Wall et sa dénonciation de la société manque à notre univers aseptisé par le divertissement.

En rentrant chez moi, j'ai eu une nouvelle occasion de m'énerver. On ne se refait pas! C'est une révolte précise et rageuse pas un vague sentiment de rébellion comme tu l'évoquais. J'ai brutalement pris conscience que sur le grand boulevard devant chez moi, il n'y avait qu'une personne par voiture. La pollution de ces individus égoïstes, solitaires et arrogants gâchait avec leurs fûmées grisâtres la belle météo du jour.

L'écoeurement supplanta avec vivacité la révolte et j'avais envie de casser leur satanées engins de mort. Ils seraient alors obliger de marcher, de prendre le temps de regarder le monde, de s'en émerveiller un peu. Ils se parleraient peut-être au lieu de rester dans la clôture de ces bulles de métal comme des demeurés.

Même après l'arrêt des concerts près de chez moi, j'ai eu du mal à dormir. J'imaginais une fumée noire envahissant mon appartement où je me disloquais par manque d'air.

J'en ai marre de tout, de ma situation où je ne sais plus ce que je fais là. Une envie d'ailleurs m'a saisi mais tout est vain…

Le seul sourire que j'ai eu depuis des semaines se sont tes lettres et notre conversation chez Mustafa. J'ai aussi apprécié notre ballade silencieuse (sic) dans la polyphonie musicale du 21 juin. Ecouter les musiciens sans faire de commentaires, avec parfois juste un regard de connivence.

J'espère que nous continueront à nous voir et à nous écrire.

Bien amicalement,

Francois D.
ps: tu as maintenant mon email.

Published in: on Thursday 22 June 2006 at 8:11 pm  Leave a Comment  

Lettre de Nicolas De Lap. à François D

Cher François D,

Je n'ai pas eu de clients ce matin et l'après-midi pluvieuse s'annonce mal. Dans ces cas-là, une impression d'inutilité s'insinue en moi et je ne peux pas lutter contre un coup de blues, le plus souvent passagé.

Du coup, j'ai pensé à toi qui est au chomage, fait comme un rat dans ton grand appartement conçu pour deux. As-tu retrouvé du boulot? Est-ce que tu cherches vraiment ou as-tu d'autres projets?

Je plains tes journées sans rien et sans aucun but. Je ne pourrais pas supporter.

Quand l'ennuie s'installe, mon remède favori est la marche. Je me promène au hasard dans les rues de Lyon en observant la ville et les gens. Mon itinéraire oscille savamment entre des rues très animées et des quartiers presque vides. Je revis un peu de leur frénésie et de leurs états d'âme. Hier soir, j'ai croisé un fanfare qui revenait d'un concert de rue. Le chahut que faisaient les musiciens, le pétillement de leurs yeux, la légèreté de ceux qui goûtent encore leur joie et les mains enlacées d'un couple parmi eux, tout cela m'a redonné confiance en l'existence. Cela contrastait avec les mines absentes des supporters de l'équipe de France captivés par l'écran télé se moquant des contorsions de l'instant présent.

Je croyais presque pouvoir croiser le bonheur. Je croyais que la vie allait me sourire en m'offrant un cadeau, un présent inatendu.

Je reprends cette lettre après avoir été interrompu par un client. Il s'agit d'un cadre ambitieux qui n'a pas le temps d'écrire des mots d'amour à sa femme. Il me donne quelques indications et une belle somme. Il me fait confiance pour le reste. Cette fois-ci, il n'était pas seul… sa secrétaire… le manque d'imagination me dégoûte au plus au point.

Cela a brisé les quelques mots que je voulais ajouté. La feuille blanche m'impressionne soudain. L'effet salvateur de ma promenade d'hier s'est épuisé. Vais-je arriver à dormir?

Donnes-moi de tes nouvelles! Si tu veux causer ma porte t'est grande ouverte.

Avec toute mon amitié,

Nicolas De Lap.

Published in: on Sunday 28 May 2006 at 8:32 pm  Leave a Comment  

Lettre de Francois D. à Nicolas De Lap.

Cher Nicolas,

Je me permet cette familiarité en réponse à ta franchise. Dans notre monde libéral, la déontologie est facilement utilisée pour masquer le mensonge, l'hypocrisie et l'absence de moral.

Je te remercie beaucoup pour ta lettre qui dévoilait le contexte de la rupture prononcée par ma femme. Il me restait le faible espoir qu'elle me respectait encore mais ce n'était encore qu'illusion.

Alors que je broyais des idées noires en écoutant très fort dans mon casque une compilation de métal, ton petit mot salvateur est arrivé. Cette cacophonie électrico-lyrique tenait difficilement à distance la violence qui bouillait en moi et je perdais pied tout seul dans mon appartement du Vieux-Lyon.

Grâce à toi, j'ai eu l'impression de compter pour le monde extérieur. J'ai pu hurler contre ma femme qui me lâchait pour un beauf plein de fric. Grâce à toi, j'avais ma revanche contre elle, cette emmerdeuse de première classe. Grâce à toi, je me sens mon nul. Son mépris me paraît soudain si dérisoire.

Encore merci.

J'espère pour toi que tu n'as pas trop de cliente de ce style.

Bien chaleureusement contre le froid et la pluie qui sont revenus en force ce lundi férié,

Francois D.

 

PS: Dis-moi, si je peux passer te voir dans ta boutique d'écriture ou au moins si on peut continuer à s'écrire.
Je n'ai plus beaucoup d'amis sur Lyon. Je ne voudrais pas te déranger.

Published in: on Monday 8 May 2006 at 8:23 pm  Leave a Comment  

Lettre de Nicolas De Lap. à François D.

Monsieur François D.

Je suis l'écrivain public auquel votre ex-femme a fait appel pour sa lettre de rupture. Ma démarche n'est pas déontologique et va certainement vous choquer.

Cependant je tenais à vous écrire pour m'excuser du ton violent de ce courrier. La rupture est déjà quelque chose de brutal, il me semble que c'est la moindre des politesses que d'y mettre les formes. En dépit de mes conseils, votre ex-femme s'est montrée particulièrement insistante et tenait à l'usage de certaines expressions blessantes.

J'ajoute que je n'ai jamais rencontré une personne aussi véhémente et arrogante. Elle a refusé non seulement de s'asseoir dans mon salon d'écriture mais aussi de toucher à mes petits gâteaux. Elle ne s'est pas privée de critiquer la décoration de mon espace de travail que beaucoup trouve convivial et chaleureux. Je qualifierais sans hésitation son attitude de détestable.

Le pire est malheureusement à venir. C'est une menteuse et une lâche. Peu avant la fin du courrier, un homme, plutôt quelconque et vulgaire, l'a rejointe. Ils rigolaient bruyamment quand j'ai relu la lettre qui vous était adressée. Je vous passe d'autres détails tout aussi
inqualifiables. Je la trouve très lâche de ne pas être venue vous le dire en face. Son grand courage a brillé par la suite quand elle s'est mise à trembler devant les rafales de vent qui souffle fort cet après-midi sur Lyon.

Je regrette d'être l'intermédiaire de tant de légèreté à votre égard. C'est pourquoi je vous écris tout autant pour m'apaiser que pour vous soulager de tous remords sur cette rupture.

Je reste, si vous le souhaitez, à votre écoute. Vous pouvez m'écrire ou venir me voir à ma boutique d'écriture.

Recevez mon plus chaleureux bonjour.

Nicolas De Lap.

Published in: on Sunday 26 March 2006 at 8:44 pm  Leave a Comment