Lettre de Nicolas De Lap. à Simone Lebarbu

Chère Simone,

Vous me mettez dans une situation bien délicate. En effet à force d’avoir exhorté votre mari à se passer de moi, il vous a écouté. En plus, j’hésite à vous rendre ce service car vous avez été désagréable à mon égard. A votre décharge, je me suis comporté comme un goujat. Pour me faire pardonner, je me suis résolu à vous aider.

Je n’ai pas de bonnes nouvelles. Premièrement votre mari est très mal. Je l’ai trouvé très fatigué et la mine de quelqu’un qui ne prend plus du tout soin de lui. Il néglige sa tenue vestimentaire. Cela ne doit pas arranger sa situation professionnelle. Il a catégoriquement refusé de m’en parler. Je n’en suis pas certain mais je crains qu’il se soit mis à boire. Deuxièmement, votre mari vous trompe. Il était venu une fois à ma boutique d’écriture avec cette femme, sa secrétaire. J’avais quelques soupçons mais sans plus. Elle est passé chez lui pendant que nous causions… Elle n’est pas plus belle que vous. Elle est moins intelligente. Elle est surtout plus proche. Il s’est mis à délirer et à chanter “Je m’en fous de tout… je marche seul, je m’en fous de tout, …je m’en fous de vous…” en désignant sa secrétaire puis moi… J.J Goldman n’en méritait pas tant. Il m’a dit que je pouvais vous le dire, que maintenant il se moquait de tout, que plus rien n’avais d’importance, qu’il était un incapable qu’il méritait ce qui lui arrivait… N’en croyez pas un mot. Il est désespéré mais il doit vous aimer encore beaucoup.

Je ne vois pas trop comment l’aider. Pour l’instant, je lui ai suggéré de changer de boulot. J’ai nettement l’impression que c’est ce qui le gangrène de l’intérieur. Il se confond tellement avec son travail que sa vie en dépend trop. Il a réfléchis un moment sans me contredire. Est-ce que vous pensez que j’ai fait une erreur?

Maintenant que vous connaissez la situation, dites-moi ce que vous voulez que je fasse.

Je vous promets de le revoir pour lui éviter de faire des bêtises et d’aggraver son cas mais en fait il n’a pas tellement besoin de se changer les idées. Il a besoin de quelqu’un qui lui trace la route. Si vous l’aimez encore, c’est à vous de le faire me semble-t-il.

Bien à vous,

Nicolas De Lap.

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Published in: on Sunday 12 November 2006 at 3:00 pm  Leave a Comment  

Lettre de Simone Lebarbu à Nicolas De Lap.

Cher M. l’écrivain public,

Je vous écris car je suis très inquiète pour Jean Lebarbu, mon mari. En effet, une menace de licenciement pèse sur ses épaules suite à une bévue, des contrats mal rédigés. Son patron est très mécontent. Du coup, ses congés estivaux ont été supprimés. Il attend qu’on statue sur son sort. Cette situation l’a atteint plus qu’il n’ose le dire. Je pense qu’il fait une belle dépression sans le savoir. Il se pose beaucoup de questions, certaines inutiles et absurdes.

Il faut dire que j’ai été dure avec lui à propos de l’illusion de cette promotion qui nous a éloigné. A force de ne vivre que pour travailler, les conditions de l’accident sont réunies soit que l’on fait soi-même l’erreur soit qu’un collègue aux dents plus longues vous tende un piège. Viens le moment où le miroir se brise au milieu du vide de son existence. No way comme il dit dans son franglais professionnel.

Il est en outre jaloux de ma copine de boulot Noémie. Comme je n’ai pas voulu venir m’enterrer à Lyon pendant mes vacances -j’ai besoin des mes journées de plage pour refaire le plein d’énergie-, et que j’ai passé pas mal de temps avec Noémie car elle avait pris ses congés en même temps, il nous imagine amantes… Tout cela parce que nous avons regardé ensemble la série L World, qui met en scène la vie de lesbiennes. C’est idiot. Ce n’est pas notre genre, ni à l’une ni à l’autre. C’est vrai que ces vacances nous ont rapprochées et nous avons une vraie complicité d’amies mais cela ne va pas plus loin. La fatigue le rend paranoïaque.

Mes congés sont terminés et je ne peux malheureusement pas venir le rassurer en personne. Pour causes d’effectifs très réduits, l’hôpital ne me laissera pas repartir pour l’instant. J’aimerais que vous le fassiez à ma place. J’aimerais que vous l’aidiez autant que vous pouvez et de la manière qui vous paraîtra la plus adéquate. Faites-le sortir de l’engrenage du boulot: cinéma, théâtre, soirée karaoké,… Il faut qu’il se change les idées. C’est ce qu’ils suggèrent dans un livre emprunté sur la dépression à la bibliothèque. J’ai peur que son état empire si on ne fait rien. En plus, il refuse de me parler au téléphone. J’ai la hantise qu’il fasse une bêtise. Je suis prête à prendre en charge des frais si nécessaire.

Dites-moi si vous êtes d’accord ou si cela vous gêne. Il me semble que vous êtes actuellement la personne la plus proche de lui.

Je compte sur vous.

Avec tout mon espoir,

Simone Lebarbu

Published in: on Saturday 30 September 2006 at 10:02 am  Leave a Comment  

Lettre de Simone Lebarbu à Nicolas De Lap.

Monsieur le goujat public,

Je suis outrée par votre attitude. Vous dépassez les bornes et votre comportement défie l'entendement. Je suffoque rien que de penser à vos exactions: non content d'avoir une atitude villement séductrice à mon endroit dans une correspondance privée qui ne vous concerne pas, vous agravez votre cas en détournant la dernière lettre destinée à mon mari.

Je suis doublement sous le choc, d'abord par votre sans gêne vis-à-vis de l'intimité de notre couple, ensuite par la désinvolture de votre acte qui est totalement répréhensible. Vous n'avez aucun tact et je doute que vous ayez de la morale. Au festival des vilains, vous empocheriez la palme d'or et le prix spécial de la fourberie.

Je suis aterrée devant le détournement de ma correspondance avec mon époux. Notre vie de couple étant malheureusement réduite à la peau de chagrin à cause de l'éloignement, sa flamme s'alimente exclusivement de nos échanges épistolaires.

J'exige que vous communiquiez immédiatement ma dernière lettre à mon mari et sachez que je n'hésiterais pas à faire appel à la police si nécessaire.

Vous ne méritez pas de salutations,

Simone Lebarbu

Published in: on Tuesday 30 May 2006 at 8:09 pm  Leave a Comment  

Lettre de Simone Lebarbu à Nicolas De Lap.

Monsieur l'écrivain public,

Votre intrusion dans l'intimité de notre couple est tout à fait intolérable. Cela relève de la faute professionnelle!

Je vous dénie tout droit de juger mon enveloppe charnelle d'après photo. Dans la réalité, je suis peut-être plus laide ou plus belle. L'image a un pouvoir maléfique dont je vous invite à vous défier.

Je vous avertis qu'en tant que grande lectrice, je sais me méfier de l'illusion des mots que vous maniez avec une savante perversité pour tourner des compliments troublants.

Je vous prie instamment de rester professionnel lors de la rédaction des lettres rédigées pour mon mari.

Veuillez recevoir, Monsieur, l'expression de mes salutations distinguées,

Simone Lebarbu

Published in: on Tuesday 2 May 2006 at 6:57 pm  Leave a Comment