Lettre de François D. à Nicolas De Lap.

Bonjour Nicolas,

Plus je me promène, plus je regarde autour de moi, plus j’essaie de comprendre les gens, plus je me sens étranger à tout cela. J’ai l’impression de ne pas avoir ma place quoique je fasse. En plus je culpabilise de vivre au crochet de la société. Ceux qui pensent que le chomage est une douce période de vacances sont des imbéciles!

Hier j’ai téléphoné à mon ex. Pas celle que tu connais mais mon premier amour. Nous nous sommes quittés fin août, j’y repense tous les étés. Je n’ai pas voulu notre séparation et je garde le secret espoir que notre belle histoire recommence. J’avais besoin de parler avec quelqu’un qui me connaisse très bien et qui me comprenne un peu. L’oreille était attentive et chaleureuse mais j’ai pourtant sentis le fossé qui nous sépare maintenant. Elle a changé et s’est épanouie sans moi. Elle ne lit plus des Harlequins ou autres romans sentimentaux. Finis de chanter les succès à deux centimes des hit-parades, elle écoute de l’electronica et la nouvelle vague des chanteuses françaises impertinentes. Tout au long de cette longue conversation, j’ai compris que notre connivence ressemble davantage à de l’amitié collégienne qu’à une intimité amoureuse… Cela m’a fait mal de réaliser cela. Mais elle reste celle qui me comprend le mieux et dans le fil de notre discussion une idée fabuleuse a surgi: partir en voyage quelques temps. Nous avons reparlé de ce fantasme classique de tout lacher pour voyager et repartir à zéro. Grâce à elle, je me suis rendu comte que cette idée était profondément ancrée en moi: partir aux hasards des routes et des rencontres.

Après mûres réflexions, j’ai décidé de me jeter dans cette aventure. Il ne s’agit pas forcément de faire le tour du monde. Je vais vendre mon appartement et partir. Je viens de contacter une agence et nous avons convenu d’une stratégie pour liquider l’affaire aussi vite que possible.

Pour fêter cela, je t’invite à manger le couscous de Mustapha. Si tu es disponible ce soir, merci de répondre par retour de mail.

Amicalement,

François D.

Published in: on Saturday 26 August 2006 at 12:47 pm  Leave a Comment  

Lettre à J.P.

Cher Monsieur,

Je vous adresse mes sincères condoléances pour ce malheur qui vous frappe. J'avais envisagé venir à l'enterrement pour vous témoigner toute mon affection. Cependant je n'ai pu m'y résoudre. En effet le passé qui lie la défunte et moi ainsi que les relations tendues de ces derniers temps donnaient à ma présence un caractère incongru voire déplacé. Je vous sais gré de tous les efforts que vous aviez fait pour remédier à cette situation qui, vous le saviez, me faisait souffrir.

C'est pourquoi j'aurais voulu être présent à vos cotés pour vous soutenir, vous montrer toute ma reconnaissance et mon amitié. Je sais que beaucoup n'aurait pas compris mon geste, y voyant plutôt une intrusion dans une intimité qui ne me concernait plus puisqu'elle m'avait rejeté et qu'elle me raillait publiquement. Ils auraient pu croire à une revanche, à une volonté d'avoir le dernier mot sur la défunte.

Vous ne pouvez pas savoir comme je suis malheureux. J'ai pleuré longtemps à l'annonce de sa disparition. Ma nouvelle femme souffle le chaud et le froid, tantôt me consolant tantôt me faisant des crises de jalousie. C'est terrible! Il n'y a que vous, peut-être, qui pourrez me comprendre.

Je l'aimais encore, c'est sûr. Pas aussi fort qu'avant et pas aussi tendrement que ma nouvelle femme mais c'était au-delà de la simple amitié ou de l'affection. Elle restait pour moi quelqu'un qui comptait dans ma vie quotidienne et qui me manque beaucoup.
Saisis par les larmes, j'ai dû interrompre la rédaction de cette lettre avec l'écrivain public. J'ai pris quelques minutes pour me reprendre. Ma douleur est attisée par ce fait divers scandaleux impliquant la mairie de Lyon. Les services de la ville aurait subtilisé un cadavre dans le cimetière de la Croix-Rousse. C'est plus qu'une regrettable erreur, il s'agit d'une injure à la mémoire du mort et à sa famille.

Je regrette tellement de n'avoir pu lui rendre hommage lors de sa crémation. J'aurais voulu partager mon chagrin avec vous. Nous aurions pu parler d'elle, comme deux frères. Cela restera comme un creux dans ma vie.

Ne connaissant pas ses dernières volontés en la matière, je ne sais pas comment vous prévoyez la dispersion des cendres. Si par hasard, je pouvais y avoir quelque part sans causer de soucis, je vous serais infiniment reconnaissant de m'y convier.

Je vous remercie encore pour tout et réitère mes plus sincères condoléances.

Ph.

Published in: on Sunday 7 May 2006 at 10:24 am  Leave a Comment  

A propos de ce blog

Je suis un jeune écrivain public installé à Lyon depuis peu. Je souhaite que ce blog soit un reflet de mon activité professionnelle par la mise en ligne de quelques correspondances rédigées pour des clients.

Mais il sera aussi un peu le reflet de ma propre vie avec à la publication de ma correspondance privée. Les noms, les professions et quelques éléments biographiques sont modifiés pour garantir la confidentialité et l’anonymat.

J’espère par ailleurs que ces échanges épistolaires constitueront un témoignage parmi d’autres de la vie de ce début de 21ème siècle.

Quelques lecteurs pourront peut-être trouver là matière à s’inspirer pour leurs propres écrits. N’hésitez pas à réagir ou à proposer vos lettres.

J’espère enfin que vous y aurez d’agréables moments de lecture.

Nicolas L.

Published in: on Tuesday 7 March 2006 at 8:25 pm  Leave a Comment