Lettre premier amour, Nathalie à Jacques

Cher Jacques,

Nous avons vécu deux belles soirées à Lyon. J’ai beaucoup apprécié la complicité qui s’est installée. Je dois te dire que je n’avais pas connu cela depuis longtemps. Comme toi, je garde un fulgurant souvenir des quelques caresses échangées. J’ajoute qu’elles restent précieuses car nous n’avons ni l’un ni l’autre basculé dans le désir charnel.

J’ai peut être été un peu expéditive quand je t’ai dis que tu n’avais pas changé. J’avoue que je n’ai pas réussis à bien te comprendre, à mieux saisir qui tu es, qui est mon premier amour. C’est rare. Les hommes, je les cerne assez vite en général. D’où mes moments d’absence, j’étais perplexe.

J’ai donc besoin de temps pour te connaître et pour envisager une suite. Je ne veux pas être comme les candidats à l’élection présidentielle qui ont tenus ce week-end de beaux discours aux chercheurs. Je ne veux rien te promettre pour l’instant. J’aime t’avoir retrouver, j’aime être avec toi, j’aime ce que je connais de toi. Est-ce suffisant pour construire une vie commune? Et il y a ces points d’ombre en toi que j’aimerais éclaircir.

A très bientôt.

Je t’embrasse fort.

Nathalie

Advertisements
Published in: on Monday 2 October 2006 at 5:43 pm  Leave a Comment  

Lettre de Simone Lebarbu à Nicolas De Lap.

Cher M. l’écrivain public,

Je vous écris car je suis très inquiète pour Jean Lebarbu, mon mari. En effet, une menace de licenciement pèse sur ses épaules suite à une bévue, des contrats mal rédigés. Son patron est très mécontent. Du coup, ses congés estivaux ont été supprimés. Il attend qu’on statue sur son sort. Cette situation l’a atteint plus qu’il n’ose le dire. Je pense qu’il fait une belle dépression sans le savoir. Il se pose beaucoup de questions, certaines inutiles et absurdes.

Il faut dire que j’ai été dure avec lui à propos de l’illusion de cette promotion qui nous a éloigné. A force de ne vivre que pour travailler, les conditions de l’accident sont réunies soit que l’on fait soi-même l’erreur soit qu’un collègue aux dents plus longues vous tende un piège. Viens le moment où le miroir se brise au milieu du vide de son existence. No way comme il dit dans son franglais professionnel.

Il est en outre jaloux de ma copine de boulot Noémie. Comme je n’ai pas voulu venir m’enterrer à Lyon pendant mes vacances -j’ai besoin des mes journées de plage pour refaire le plein d’énergie-, et que j’ai passé pas mal de temps avec Noémie car elle avait pris ses congés en même temps, il nous imagine amantes… Tout cela parce que nous avons regardé ensemble la série L World, qui met en scène la vie de lesbiennes. C’est idiot. Ce n’est pas notre genre, ni à l’une ni à l’autre. C’est vrai que ces vacances nous ont rapprochées et nous avons une vraie complicité d’amies mais cela ne va pas plus loin. La fatigue le rend paranoïaque.

Mes congés sont terminés et je ne peux malheureusement pas venir le rassurer en personne. Pour causes d’effectifs très réduits, l’hôpital ne me laissera pas repartir pour l’instant. J’aimerais que vous le fassiez à ma place. J’aimerais que vous l’aidiez autant que vous pouvez et de la manière qui vous paraîtra la plus adéquate. Faites-le sortir de l’engrenage du boulot: cinéma, théâtre, soirée karaoké,… Il faut qu’il se change les idées. C’est ce qu’ils suggèrent dans un livre emprunté sur la dépression à la bibliothèque. J’ai peur que son état empire si on ne fait rien. En plus, il refuse de me parler au téléphone. J’ai la hantise qu’il fasse une bêtise. Je suis prête à prendre en charge des frais si nécessaire.

Dites-moi si vous êtes d’accord ou si cela vous gêne. Il me semble que vous êtes actuellement la personne la plus proche de lui.

Je compte sur vous.

Avec tout mon espoir,

Simone Lebarbu

Published in: on Saturday 30 September 2006 at 10:02 am  Leave a Comment  

Lettre de Nicolas De Lap. à Roger

Cher Roger,

Je suis au Mali. Ce lieu de mon enfance dont je refusais de parler. J’y suis retourné avec le désir de faire le deuil de mon passé. Je veux retrouver des repères tangibles. Je promène mon regard sur des lieux et des gens. Je me sens en suspend dans ma vie. Je flotte entre deux eaux ne sachant plus où se trouve la surface. Il y a des souvenirs qui vacillent, fragile illusion d’un paradis immuable. Il y a des souvenirs qui s’enfuient. Est-ce que j’aurais la courage de
reconstruire une vérité, une force où mettre mes pas?

J’ai retrouvé de vieux amis. Ils me voient encore comme cet enfant timide. Ils veulent rassurer leur propre angoisse de mort. Je les laisse voguer sur la vague des anecdotes. Je thésaurise ainsi quelques images de moi. Parfois, j’y retrouve les actions mais pas l’émotion que j’ai sentis. C’est comme voir un film avec l’image mais sans le son. On comprend ce qui se passe mais il manque quelque chose pour vivre au rythme des acteurs.

J’ai revu ma maison. Elle est habitée par un officier américain très obtus et visiblement paranoïaque. Celui-ci a refusé de me laisser entrer. Je me suis cherché quelques heures dans son ombre. J’ai guetté les reflets sans y trouver la moindre poussière de moi.

Je t’écris de la terrasse de l’hôtel où je sors d’une sieste terriblement angoissante. Le but de cette lettre était de ne plus laisser tourner en boucle toutes ces questions. Ce n’est pas très réussi pour l’instant. Parlons d’autre chose!

Je sens grandir l’amour en moi pour ma confidente, Léa. Tu serais content de savoir que je l’ai abordé. En fait c’est François D., le chômeur qui lui a parlé le premier lors d’un repas chez Mustapha. Il venait de m’annoncer sa décision de faire un tour du monde. J’ai tenté de le dissuader mais il a tenu le cap. Je lui ai fait part de mes soupçons quant à l’identité de la confidente. En plus elle est passé chercher un couscous à emporter. Comme il n’avait plus rien à perdre, avec son départ et tout le reste, il est allé vers elle. La Confidente était gênée et fuyait autant que possible mon regard.

Plus tard, je l’ai croisé dans la rue l’air ailleurs. Je l’ai interrompu dans ses pensées en lui parlant du restaurant puis je lui ai demandé si c’est à ses enfants qu’elle pensait… Après quelques secondes de stupéfaction, elle a acquiescé. J’ai vu son visage se défaire. Nous avons changé de sujet. A la fin, elle m’a demandé des nouvelles de François D. Je lui ai répondu qu’il devait partir dans trois ou quatre jours. En partant, je lui ai fait la bise. Elle m’a sourit. Je suis sûr que tu n’en reviens pas de cette seconde audace. J’aime son mélange de force et de fragilité. Je sens une grande tendresse en elle. J’aimerais qu’elle soit ici pour me tenir dans ses bras. Léa saurait peut-être redonné du sens à ce qui m’arrive.

Mon séjour se termine dans une semaine. Je n’ai pas encore fait le plus douloureux. Revoir sa tombe. Mes pensées se brouillent encore quand je pense à ce qui est arrivé. La vie qui va paraît soudain futile face à certains drames. J’aimerais tellement trouver un explication. Existe-t-elle?

Tu ne m’as pas écris depuis très longtemps. Donnes-moi quelques nouvelles, même brèves.

Avec toute mon amitié,

Nicolas De Lap.

Published in: on Thursday 28 September 2006 at 5:27 pm  Leave a Comment  

Lettre de François D à la confidente

Chère Léa, chère confidente de Nicolas,

J’aimerais que vous soyez mon point d’attache dans la dérive de mon voyage. Je vous vois, si vous le voulez bien, comme le phare qui m’indique que le passé n’est pas qu’une hallucination et qui me dit que le retour se fera un jour. Dites-moi si je vous ennuie.

Je ne pensais pas que quitter la France fut si difficile. J’ai laissé mes affaires précieuses dans un garde-meuble. Le futile est vendu. Nicolas héberge ma collection de CD. Je ne voyais pas ma collection musicale dormir dans un réduit poussiéreux. Je ne pars pas juste pour des vacances mais pour longtemps, pour un temps indéterminé. A la respiration des premiers jours sur la route s’est substituée une panique étouffante. Je me sens un peu perdu.

Je suis arrivé à Lisbonne depuis une semaine. C’est beau. J’ai fait des rencontres. Mais… à chaque instant, je crains de m’égarer. Nicolas m’avait mis en garde contre l’illusion du voyage libérateur: on pars pour tout reprendre à zéro sans le passé et le regard de ceux qui nous connaissent. On croit qu’il suffit de cela pour être un autre. C’est faux! Il avait raison sur ce point là. En plus ce n’est pas parce que tu pars que tu sais où tu vas… C’est terriblement vrai!

Cette ville concentre bien les ambiguïtés du voyage: le désir d’exploration qui tend à la folie engendre la saudade, cette tristesse joyeuse de ceux qui restent sans rien attendre ni retour ni avenir meilleur avec juste les douleurs ou les joies du quotidien. La mélopée du fado précipite tous ces sentiments dans mon oreille naïve…

Je me sens maintenant vide de tout projet. J’avais bien une ou deux idées pour la suite mais j’ai désormais besoin d’y trouver un sens, quelque chose qui me mettra en mouvement. Je t’en prie n’en dit rien pour l’instant à Nicolas. Il s’employerait peut-être à me décourager car je sens que la solitude lui pèse plus qu’il ne le dit. Continue de prendre soin de lui à travers votre correspondance. S’il te plait commence un pas de deux avec ce timide tendre et attachant. Si j’étais une femme, je crois que je le draguerais.

Une frénésie s’empare du café où je t’écris. Les lisboètes, qui riment merveilleusement avec poètes, sortent du travail et viennent profiter des terrasses habitées de soleil. Le chuintement du portugais m’évoque le froissement du papier, feuilles de joie qui s’éparpillent dans le vent. Je me fais l’impression d’attendre quelqu’un ou quelque chose. La vacuité de ma vie n’est qu’une attente impossible. J’aimerais être comme un de mes voisins, un foisonnement de mots, de gestes et de projets.

Je me rends compte que je ne t’ai rien dit des beautés de Lisbonne. Je n’ai pas le coeur à cela. Peut-être au prochain courrier. Si j’y pense, je te glisserais une carte postale avec ce courrier.

Amitiés,

François D.

Published in: on Wednesday 27 September 2006 at 4:58 pm  Leave a Comment  

Lettre de Mustapha à son fils

Cher fils,

La joie a rempli mon coeur de connaître ton courage, celui de défendre la réputation de ta maman en te battant contre tes camarades de classe. Cependant je te demande de rester vigilant et vif comme l’éclair pour éviter les mauvais coups tout autant que les paroles perfides. Sache qu’un homme juste doit ignorer les rumeurs malignes. Penses à moi qui t’attend avec impatience.

Je te conjure de ne pas céder à la violence pour exprimer ta rage. Celle-ci est galvanisée par un sentiment d’injustice et d’abandon. Reprends la boxe ou un autre sport. Je te promets que tu me rejoindra rapidement en France malgré les difficultés administratives. Ce beau pays est pris de folie à force d’avoir peur des autres. Expulser les pauvres résidents du squat de Cachan est d’une grandiloquence absurde et pitoyable. J’en ai pleuré pour eux.

Pour te faire patienter et te préparer à ce que tu vas découvrir ici, j’accompagne ce courrier de photos de Lyon, dont une du restaurant c’est à dire ta future maison, et d’une compilation des musiques à la mode (pour mes parents, pour une fois laissez-le écouter fort ce disque).

En ce début de Ramadan, je pense à vous et j’envie les belles soirées de rupture de jeune. Ici, je me retrouve seul à essayer de donner un air de fête à cette période. Je rêve de vous tenir tous ensemble dans mes bras. Je ris en repensant à nos repas animés, bavards et plein de musiques joyeuses. J’aimerais retrouver certaines odeurs… Ces fleurs de nostalgie me donnent envie de venir te chercher quand tout sera réglé. Je fermerais le restaurant quelques jours pour faire le voyage et profiter du bled.

Je te jure qu’il y aura beaucoup de belles choses et d’harmonie dans ta vie. Imagines que le jardin des délices posé sur Terre.

Je t’aime mon grand et valeureux fils.

Je t’embrasse toi et les parents.

Mustapha El Y.

Published in: on Sunday 24 September 2006 at 3:57 pm  Leave a Comment  

Lettre premier amour, Nathalie

Cher premier amour, ma chère Nathalie,

Cette nouvelle rencontre à Lyon fut une vraie merveille. J’ai encore le frisson des caresses, cette tendresse simple partagée loin des regards. J’ai découvert d’autres aspects de Lyon grâce à toi. Je n’allais jamais dans ces quartiers cossus et pour cause.

Nous avons refait un peu connaissance. Je te trouve changée. En revanche, tu dis que ce n’est pas mon cas. Je me crois pourtant moins naïf et plus combatif que lorsque j’étais ado.

De ces moments ensemble, il me reste une sensation d’irréalité. La complicité est revenue très forte mais nous gardons en même temps nos distances, une étrange méfiance du lendemain. Je me sens encore plus perdu qu’avant. J’ai très envie de continuer à te voir tout en ayant cette inquiétude de la fragilité actuelle de notre relation. Je ne voudrais pas être victime d’une nouvelle passade de ta part. Je t’ai sentie hésitante. Tu a eu quelques regards absents qui m’ont fait peur.

J’ai très envie que nous vivions une nouvelle histoire, bien sûr différente de notre premier amour. Et toi, qu’as-tu ressentie?

Comme convenu, je viendrais à Avignon dans quelques jours pour passer un week-end tous les deux (en amoureux?).

Je t’embrasse de tout mon coeur.

Jacques

Published in: on Saturday 23 September 2006 at 9:33 am  Leave a Comment  

Lettre de Simone à Jean Lebarbu

Cher Jean,

Je suis fatiguée de ne pas arriver à te joindre ni par mail ni au téléphone. J’aurais préféré avoir une discussion de vive voix avec toi concernant les vacances et concernant nous deux. Je me résous à passer par l’écrivain public qui a promis de te mettre la main dessus.

Je suis très déçue par l’annulation de tes vacances. J’aurais dû faire davantage d’efforts pour te dissuader d’accepter ce poste à Lyon. Je ne peux pas te reprocher tes difficultés actuelles. En revanche, je t’en veux pour l’aveuglement dont tu as fait preuve face à cette promotion. Souviens-toi que je n’ai pas été la seule à te mettre en garde. Je sens que tu fuis quelques choses à travers ta vie professionnelle. J’espère que ce n’est pas moi…

Concernant la suggestion de venir à Lyon faite par l’écrivain public (est-ce que tu lui as soufflé?), je n’ai pas envie de sacrifier mes vacances au bord de la mer pour Lyon, même si je ne doutes pas que cela soit une ville magnifique. Tu me connais assez bien que j’ai besoin du farniente de la plage pour dissiper le stress des gardes de l’hôpital. En attendant de te voir, je passe de très agréables moments avec Noémie, une collègue de boulot dont je t’ai déjà parlé. Elle a pu s’arranger pour déplacer ses vacances. Je la découvre de plus en plus et je crois qu’elle va devenir ma meilleure amie. Elle me comprend et sait me faire voir le bon coté des choses. Après avoir coincé la bulle sur le sable, on se mange quelques tapas ou une salade en bord de plage puis on rentre regarder des séries TV. C’est elle qui m’a fait découvrir Desperate Houseviwes, ces femmes au foyer cherchant à préserver leur équilibre face aux aléas de la vie. C’est réjouissant et caustique à souhait. Nous regardons aussi Lost. Noémie a promis de m’en faire découvrir d’autres comme Six Feet Under ou L World. La météo du mois nous incite d’ailleurs à rester à la maison.

Même si tu n’as pas de congés, j’espère que tu pourrais venir pour un week-end prolongé. Tu me manques. Ce serait l’occasion pour toi de prendre du recul, de nous retrouver et de parler d’avenir. Je trouve que tu as trop le nez dans le guidon.

Je t’embrasse.

Simone Lebarbu.

Published in: on Wednesday 20 September 2006 at 3:26 pm  Leave a Comment  

Lettre premier amour, Nathalie à Jacques

Cher Jacques,

Je n’aime pas revenir sur le passé mais ton appel m’y contraint. Oui. Tu es mon premier amour. J’ai eu des flirts avant toi mais tu es celui qui m’a donné le sentiment d’exister pour quelqu’un, d’être important et de pouvoir vivre une intense complicité. Mais tu l’aura compris, je n’ai pas un tempérament à rester en place. J’ai besoin d’horizons nouveaux. Je me cherche sans cesse à travers de nouvelles expériences.

Je m’excuse si je t’ai fait du mal mais je n’ai pas d’autres explications que celles-ci. Ce fût l’irrépressible appel du large. Je sentais s’installer en moi un malaise et je ne voulais pas te blesser avec les motifs futiles de mon départ. Ce que tu dis prouve que j’ai eu tord.

Si cela peut te rassurer, je n’ai eu qu’un second amour, Jérôme. C’est lui qui est devenu mon mari. C’est un comédien, la sensibilité à fleur de peau. Il était intelligent, toujours à réfléchir et interroger, comme toi. Son égoïsme me donnait la liberté qu’il me fallait. Il se préoccupait de moi sans m’envahir. J’aimais être sa terre, le point d’ancrage d’ancrage de son tempérament aérien, la stabilité nécessaire pour refréner sa frivolité. Nous avons eu de beaux moments. Il m’a laissé être ce que je suis. En revanche, j’ai fait l’erreur de céder à son désir d’enfant. Je le regrette tous les jours. Je me sens définitivement prisonnière. Je dois être une mauvaise mère mais je l’assume parfaitement.

Comme tu l’as compris, je vis une période difficile. Je suis seule depuis presque un an et je ne ressens aucune urgence à vivre une nouvelle histoire. C’est la première fois que cela m’arrive. Tous ces évènements, les enfants et la solitude, bousculent mes certitudes sans que j’ai encore décidé où aller.

Je voudrais te dire que j’ai été très impressionnée par ta force de vivre. Je me souviens d’un adolescent généreux mais plein de doutes. Est-ce que tu as encore peur de l’amour et de ses excès? L’homme solide que tu es devenu est-il prêt à recommencer notre histoire sans amertume et sans préjugé?

Si oui, donnons-nous le temps de nous retrouver, de nous apprivoiser à nouveau et d’envisager le cas échéant une suite…

J’attends impatiemment ta réponse.

Je t’embrasse.

Nathalie

Published in: on Monday 18 September 2006 at 4:18 pm  Leave a Comment  

Lettre de Nicolas De Lap. à La Confidente

Chère confidente, Léa

Comme nous l’avions évoqué lors de notre conversation, ce séjour au Mali remue mon âme. Il me fallait revenir pour faire le deuil de l’enfance. Je suis parti d’ici avec des plaies non-cicatrisées. Ma main aime toujours effleurer de son ombre le fleuve. Je me suis promené en tremblant dans des lieux familiers dont certains ont heureusement changé depuis. Il m’a fallu ce temps pour apprivoiser ce pays. Ensuite j’ai revu deux de mes amis. Le bouleversement ne fait que commencer. J’ai l’impression d’avoir tellement changé depuis mon enfance. Mes amis parlaient ou avaient envie de parler à quelqu’un d’autre, celui qu’ils ont connu. Je n’ai pas opposé trop de résistance à leur souhait inconscient. Je recommence à m’y perdre.

C’est le souvenir majeur que je gardais de ma vie ici. J’ai grandis dans le brouillard en cherchant des repères. Je ne me trouvais pas moi-même. C’est l’incertitude qui m’a fait rencontrer le coeur des Maliens. La plupart des Français venaient avec leurs préjugés et repartaient sans connaître les habitants de ce pays. En me laissant porter par leur vent, par leur musique, par leurs mots, par leur rythme de vie et par leur fleuve, je me suis perdu en eux. Le départ m’a laissé vide de cette identité innachevée. Longtemps j’ai repoussé ce voyage ne m’autorisant que quelques rêves se déroulant ici. Aujourd’hui, j’ai le sentiment d’être étranger à moi-même et pourtant si proche. Demain, je continue mon périple. Je prends le risque d’êtrer percuté par le passé et de le perdre… Pour la première fois de ma vie, j’appréhende les jours qui viennent.

Je suis très heureux de notre rencontre. J’ai eu le courage de vous aborder directement après l’audace de François D., le chomeur autour du monde comme vous l’appelez. Avez-vous déjà de ces nouvelles? Je n’ai cependant pas osé vous dire que vous êtes très belle. J’espère que vous garder le même moral après cette rencontre. Je suis certain que vous aurez rapidement le droit de voir vos enfants. La vie offre souvent des mouvements de balancier avec de belles surprises après des moments douloureux.

Amicalement,

Nicolas De Lap.

Published in: on Saturday 16 September 2006 at 9:39 am  Leave a Comment  

Cher premier amour, Nathalie

Cher premier amour,

L’été indien brille sur Lyon. Le Mistral est revenu hanter mes pensées vacillantes. Tu as mis longtemps à me répondre. Ta lettre sibylline laissait entendre une vie bien remplie tant sur le plan professionnel que sur le plan personnel.

L’autre soir, j’ai réussis à te faire vraiment sourire. Ce n’était plus les sourires forcés des premiers instants. J’ai compris que tu a mené une vie gorgée d’insouciance. D’autres amours, des amants, un mari, tu voguais de l’un à l’autre sans autre désir que la joie d’exister.

Les mots de ma vie t’ont rassuré. J’ai senti une incompréhension quand je t’ai dit avoir à peine deux ou trois aventures depuis notre histoire. Je n’ai pas osé te dire alors qu’il n’y avait pas eu d’autres amours dans ma vie…

La soirée s’est ensuite fait légère quand nous avons évoqué des souvenirs communs. J’ai su retrouver ces petites anecdotes qui t’ont fait rire. Cela m’a fait du bien.

A la naissance de ton second enfant, tu as eu peur de voir ta vie se rétrécir. Tu as divorcé très vite laissant la garde à ton mari. Depuis tu t’investis beaucoup dans ton métier d’architecte-paysagiste. J’ai vu tes yeux pétillants de bonheur à l’évocation de tes diverses réalisations. J’ai souris intérieurement de retrouver tes pupilles vertes parsemées de paillettes. Ce regard tu l’avais aussi quand nous faisions l’amour. Tu m’as dit pudiquement faire une pause dans ta vie personnelle, le temps de faire le tri des faux amis ou des relations encombrantes. Tu as balayé cela en évoquant le cap de la quarantaine…

Je n’ai pas eu le courage de te demander pourquoi tu m’avais quitté sans un mot du jour au lendemain. J’aurais au moins voulu savoir si tu m’avais aimer, si j’avais été ton premier amour. J’étais désarmé devant tant de désinvoltures face à la vie. Mes questions auraient paru déplacées.

Quand ta main s’est posée sur mon bras à la fin du repas, j’ai espéré qu’il y aurait enfin quelques explications ou quelques excuses de ta part. Tu m’as simplement remercié pour cette agréable soirée, la plus chouette depuis un bon moment, car elle n’avait pas tourné à la réunion d’anciens combattants dégoupillant leurs faits d’armes ni aux lamentos sur le passé qui était mieux qu’aujourd’hui. Contre toute attente, tu as dit qu’on pourrait se revoir bientôt à l’occasion d’un projet professionnel dans le Grand Lyon.

Mon coeur a mis du temps à retrouver une rythme normal après que tu aies laché mon bras. J’étais content et totalement désappointé.

Alors si tu veux qu’on se revoit, il te faudra d’abord répondre à mes questions. Nous ne pouvons pas faire comme si notre histoire d’amour avait suivi le cour banal de l’exaltation à la désillusion puis la rupture franche entre deux adultes. Tu m’as abandonné sans égard, tel un objet de pacotille qu’on laisse à la déchèterie une fois qu’il ne sert plus à rien. Tu as été mon premier amour dont il n’est resté qu’une plaie vive sans espoir de guérison.

Je ne voudrais pas être ton ami. Je ne pourrais pas. Si tu ne veux pas t’expliquer, ne réponds pas à cette lettre et arrêtons cette masquarade tout de suite.

Jacques qui t’aime toujours

Published in: on Tuesday 12 September 2006 at 5:26 pm  Leave a Comment